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mardi, octobre 4 2011

Speakers: être un "bon client"

Une fois n'est pas coutume, je me suis retrouvée du côté des organisateurs plutôt que des conférenciers lors de l'Open World Forum, qui se tenait du 22 au 24 septembre à Paris. J'ai été sollicité par l'organisation pour être track leader des sessions knowledge commons. Forum créée en 2008, j'avais été invitée comme speaker en 2009 et étais venu comme simple participante en 2010. Autrement dit, je connaissais déjà un peu la maison :)

Au niveau programme, j'ai pu faire venir deux keynotes, Ting Chen (Chair of the Wikimedia Foundation) et Mike Linksvayer (VP Creative Commons). Lors du panel de l'après-midi, j'avais invité Renata Avila (Creative Commons Guatemala), Dominique Cardon (Orange Labs) et Simon Sarrazin (Imagination for People).

Les choses se sont bien passées et mes speakers ont bien rempli leur rôle :) Ceci étant, avec à l'esprit toutes ces années à donner des confs à droite et à gauche ou à participer à des panels (et à bien sûr faire des boulettes, passées et à venir) et avec cette petite expérience d'organisatrice de programme, j'ai eu envie de lister quelques uns des points qui font qu'un speaker est considéré comme un "bon client" ou un "mauvais client".

Ca veut dire quoi déjà "bon client" ou "mauvais client" ?

En fait, ça vient d'une expérience télévisuelle. En décembre 2010, j'ai eu l'honneur de participer à "Vivement Dimanche" l'émission de Michel Drücker, invitée par Mr Bayrou. A l'issue de l'enregistrement, je discute avec le responsable qui me dit "vous voyez, tout s'est bien passé ! il n'y avait de raison d'être inquiète ! Et l'équipe a dit que vous étiez une bonne cliente". Ckoissa ? Une bonne cliente, c'est celle qui fait ce qu'elle doit faire, sans faire de vagues: sans heurter une caméra ou déraper dans la filasse; sans faire une crise dans la loge parce qu'elle est allergique à ce produit coiffant; ou qui fait un malaise à cause du stress; ou qui tourne toujours la tête du mauvais côté par rapport à la caméra. En bref, c'est la personne qui donne du travail à l'équipe au delà de ce qu'elle pourrait espérer :)

Evidemment, le degré de tolérance varie grandement en fonction de la célébrité du speaker. Le big shot, qui déplace les foules, électrise la presse et fait bicher les sponsors, se voit beaucoup pardonner. C'est lui qui peut se permettre de gonfler tout le monde et de créer beaucoup de stress. De toutes façons, on lui passera tout.

Moi je parle plutôt du speaker lambda, ou lambda+. Celui qui est remplaçable.

Top 10 des situations qui font qu'un speaker n'est pas un "bon client"

1. Le speaker sollicité met plusieurs jours à répondre à chaque email

Il peut se passer des semaines avant qu'il donne une réponse définitive, positive ou négative d'ailleurs. Pendant ce temps là, l'organisateur panique, ses spots ne sont toujours pas complétés. Il hésite à solliciter d'autres speakers, et lorsqu'il le fait finit par se retrouver avec trop d'intervenants. Et doit réduire les temps d'intervention initialement proposés. Ou bien il attend le dernier moment et sollicite quelqu'un qui comprend très bien qu'il est là pour boucher les trous. En prime, l'organisateur se fait tanner par le responsable éditorial du site, qui veut saisir les bios des speakers et finaliser le programme. Grave dilemne.

2. Le speaker met deux semaines pour envoyer sa mini biographie

Ce qu'il ne sait pas est que la mini biographie doit être ajouté au programme papier, qui est envoyé à l'impression plusieurs semaines avant la conférence. L'organisateur se ronge les sangs à attendre quelque chose qui devrait être très simple de fournir. Un conférencier devrait toujours avoir un dossier tout prêt avec sa bio en français, sa bio en anglais (voire plusieurs versions) et une photo correcte.

3. Le speaker envoie, pour illustrer sa biographie, une photo de ses dernières vacances

L'organisateur pondère longuement. Ok ? pas Ok ? Finit par redemander une nouvelle photo, uniquement pour en récupérer une autre de qualité très médiocre. Excuses du speaker: "je n'ai vraiment aucune photo de qualité de moi". Est-ce crédible ? Une ptite troisième ? Pas de réponse.... Allez, va pour la photo devant la planche à voile, ça fera style.

4. Le speaker ne renvoit pas le document autorisant à filmer son intervention

Il y a un dilemne à ce niveau. L'organisateur veut s'assurer d'être bien couvert avant la conférence en ayant tous les documents bien signés pour la diffusion de l'intervention.... dans tous les pays du monde, sur tous les supports et pour les 250 000 ans à venir. Le speaker, lui, hésite à signer par avance un document, sur lequel il n'a pas le choix de revenir, alors qu'il va peut-être complètement se planter lors de son intervention. Le dilemne créé pas mal de tensions. On voit souvent des organisateurs décider de diffuser l'enregistrement sans l'accord du conférencier ou le coincer à l'entrée de l'auditorium, lui fourrer un stylo dans les mains pour le forcer à signer, signer, signer.
Une solution intermédiaire consisterait à pondre un document permettant une rétractation ultérieure dans un délai de xx jours (en respectant ce droit de rétractation bien sûr)

5. Le speaker envoit son powerpoint à l'avance... sous forme d'un document de 25 megas !

Evidemment la boite explose car le speaker n'a pas pensé passer par un ftp. Une autre solution serait de faire un pdf et de l'alléger. Malheureusement, le speaker se contente généralement d'envoyer son powerpoint brut de fonderie. A l'organisateur de se débrouiller pour recevoir des powerpoints de 25 mb. Et encore, il ne faudrait pas qu'il se plaigne... beaucoup de speakers n'envoient tout simplement jamais leurs présentations. Sans compter sur ceux qui l'envoient dans des formats ... novateurs !

6. Le jour j, le speaker n'avertit pas qu'il est bien arrivé sur le lieu de la conférence

Et pourtant, l'organisateur a bien pris soin de lui demander ses coordonnées de téléphone portable. Avec plus ou moins de bonheur. Impossible de joindre le speaker. Les minutes passent et l'heure de l'intervention arrive. Personne dans le couloir. Personne dans le coin café. Personne aux toilettes. L'organisateur sue à grosses gouttes. Il est déjà en train de réfléchir pour réorganiser tout le panel pour accomoder l'absence d'un des intervenants... et là, ô miracle, 5 mn avant l'intervention, le speaker apparait. Il papotait avec une relation. Il ne fait pas bon être cardiaque.

7. Le speaker est végétalien tendance dure

Et a oublié de le signaler auparavant ! Il est 11h30. Le déjeuner prévu est à base de spécialités bourguignonnes. Il reste 30 mn pour trouver de quoi nourrir le speaker et éviter qu'il ne tombe d'inanition l'après-midi. Il ne faudrait tout de même pas qu'il se vexe. L'organisateur reste serein en apparence, mais à l'intérieur de lui, le sucre est consommé à grande vitesse. Vite, trouver une solution.

8. Le speaker est une femme. Elle porte une longue robe échancrée

L'organisateur est atterré. Le micro prévu est un micro cravate. Normalement, il se fixe au col de la chemise .... le fixer à l'échancrure... impossible, vraiment impossible; Pas sous l'oeil des caméras. Quand au système opérationnel, le petit boitier avec pince, il se fixe habituellement au pantalon, à l'arrière et s'installe en soulevant légèrement la chemise. Et là, on l'attache à quoi ? A la culotte ? Et le fil, on le passe où. Dessus, c'est moche et on risque de se prendre les mains dedans en parlant. Dessous ? Le technicien cherche une solution pratique sous l'oeil gogenard des premiers arrivés installés aux rangs du devant. L'organisateur voit le compteur de temps qui tourne....

9. Le speaker ne s'arrête plus de parler

L'audience soufre. Le speaker suivant est en train d'envisager une attaque terroriste. L'heure du panel suivant approche. Mais les petits signes ne sont d'aucun effet. Le tableau brandit "5 mn au delà du temps" n'est d'aucun effet. L'organisateur se lève et se met à côté du speaker en espérant qu'il s'arrêtera. Peine perdue, il continue. Terrible. Curieusement, beaucoup de modérateurs n'osent pas modérer.

10. Le speaker arrive en courant pour son intervention et repart en courant sitôt l'intervention finie

Pas de chances pour l'organisateur qui avait "vendu" une interview à la presse et qui espérait que le speaker resterait quelques heures pour "se montrer" et ainsi faire plaisir aux participants. Pire, l'organisateur avait prévu un diner VIP avec les sponsors. Ceux-ci espéraient bien en avoir pour leur argent et voir leur idôle. Pas de chance, l'idôle est déjà reparti. #fail

Voilà qui conclut mon top 10. Je me suis moi-même plus d'une fois rendue coupable de certains de ses travers. Honte. C'est promis, je ferais des efforts pour m'améliorer. En revanche, la robe trop échancrée, je n'ai jamais fait :)

samedi, juin 4 2011

Wikitour en Romandie

Flyer pour le wikitour en Romandie en 2011Il y a 15 jours, je suis revenue d'un wikitour en Romandie (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est en Suisse...).

Le "wikitour" consistait en une série de conférences sur Wikipedia et/ou les Wikis: 7 interventions en 5 jours (dont 5 publiques et 2 privées), à Genève, Lausanne, Fribourg et Yverdon. Certaines des interventions ont fait salle pleine, d'autres ont montré un public plus réduit (apparemment nous étions en période de révision d'examens et une bonne partie de la cible était le monde étudiant). Chaque intervention présentait un petit coin du monde des wikis ou de wikipedia. Par exemple, une intervention était axé sur le modèle économique de Wikipedia. Une autre intervention insistait d'avantage sur les aspects en rapport avec l'identité numérique, une autre encore portait d'avantage sur l'individu consom'acteur. Les audiences étaient aussi assez diverses puisque certaines étaient surtout constituées d'étudiants, d'autres de personnes très impliquées au niveau associatif (Fédération de Consommateurs), ou au niveau politique (Parti Pirate), d'autres encore étaient salariés. Au final, une assez grande diversité au cours de cette semaine complète d'interventions.

Pour moi, ce wikitour présentait deux nouveautés majeures.

La première était son mode d'organisation. Habituellement, je suis directement sollicitée et en contact direct avec le commanditaire. Je répond à la première demande, identifie des besoins lors d'un rendez-vous, fait une proposition d'intervention, organise mon déplacement, donne l'intervention, fait le suivi administratif.

Dans le cas présent, l'initiative revenait à Théo Bondolfi, président de Ynternet.org qui m'a proposé ce wikitour il y a quelques mois lors d'un de mes passages en Suisse. C'est donc Ynternet.org qui a organisé la tournée, à l'aide du flyer, de la mise en place d'une page internet, de la mobilisation de son réseau, en étant en contact direct pour tous les aspects administratifs avec tous les commanditaires nous ayant sollicité pour une intervention et en gérant les demandes de la presse. De mon côté, il m'est resté à ... préparer les interventions, .... aller en Suisse, ... me rendre sur les différents lieux d'interventions accompagné d'un membre d'Ynternet.org et fournir la prestation demandée. Beaucoup d'avantages à cette méthode, laquelle permet de gagner du temps et d'optimiser les compétences et réseaux de chacun des partenaires.

24 heures 17 mai 2011 24 heures 17 mai 2011 Le Matin - 17 mai 2011 La Tribune de Genève 17 mai 2011 Cliquer pour agrandir les images. La presse Suisse est toujours partante pour couvrir de tels évènements; On aimerait voir la même chose en France !

Seul point gris éventuel à retenir pour des interventions futures: en général le passage des informations "métiers" est difficile (les demandes spécifiques des commanditaires concernant le contenu de l'intervention). Une conversation directe entre l'intervenante et le commanditaire permettrait de plus clairement identifier les besoins spécifiques du commanditaire, mais aussi son actualité sur laquelle il peut être intéressant de rebondir en cours d'intervention. D'une façon générale, cela s'est bien passé mais m'a causé un peu de stress et dans un cas sur sept, je ne suis pas certaine d'avoir été bien positionnée par rapport au besoin. C'est probablement le point qu'il faudra retravailler si ce genre de partenariat se représente.

Sinon, il serait sans doute une bonne idée pour moi d'établir en amont une check-list à fournir à l'organisateur en amont (pour moi, ou pour les commanditaires) des points à ne pas oublier, tels que:

  • prévoir une rallonge (ça parait bête.... mais on peut se retrouver dans un coin de la salle uniquement parce que l'ordinateur ne peut pas être déplacé à un endroit convenable)
  • ne pas oublier le remote control (pour moi)
  • demander à ce que soit prévu un micro ! et mieux, un micro sans fil, type cravate
  • si besoin, s'assurer que la connexion internet ne requiert pas de mot de passe ou trouver le mot de passe en avance. Ne pas oublier non plus qu'un macintosh bookair ne fonctionne qu'en mode wifi...
  • s'assurer en amont que le matériel audio-vidéo n'est pas enfermé dans un meuble protecteur fermé à clé... (typique en établissement éducatif)
  • s'assurer que la salle n'est pas prévue 10 fois plus grande que l'audience attendue (il fait froid à 50 dans un amphi prévu pour 300)

Deuxième nouveauté: la densité. 7 interventions en 5 jours... sur un thème commun mais avec un contenu légèrement différent et des publics différents, ce n'est pas de tout repos. D'autant qu'une semaine plus tôt, j'étais aphone suite à un petit souci de santé. Ma voix à peine revenue, pas mal de stress à l'idée d'attraper un nouveau rhume ou tout simplement de trop forcer dans une salle sans microphone en début de semaine et de finir le vendredi inaudible. Mais tout le monde fut véritablement charmant et j'ai été très bien accueillie partout. Au final, j'ai passé une semaine inattendue et très stimulante, même si je suis revenue claquée le vendredi soir à Clermont-Fd.

Quelques liens vers les présentations publiées sur Slideshare

mardi, décembre 14 2010

Digital4Change ou comment changer le monde grâce aux innovations technologiques

digital4Change2S.jpg J'ai eu l'honneur de partager le 09 décembre dernier un panel avec le professeur Muhammad Yunus, (inventeur du microcrédit et fondateur de la Grameen Bank) au cours de la rencontre Digital4Change organisée par Danone Communities à HEC. Quelle fierté et quelle émotion !

Journée assez mouvementée car faisait suite à la Grande-Non-Pagaille (dixit Mr Hortefeux) résultat de la Non-Neige à Paris le 08 décembre. En tous cas, du côté de Jouy-en-Josas, il restait encore beaucoup de neige car 24h après, les rouges étaient toujours parfaitement blanches. Conférence réunissant de très nombreuses personnes à HEC même, elle était également retransmise en live dans 5 ou 6 lieux différents. J'ai beaucoup aimé l'écran géant, diffusant en temps réel la traduction (en français) du discours (en anglais) de tous les intervenants, grâce à l'aide d'un vélotypiste.

Etant présents, le Pr. Muhammad Yunus (prix nobel de la paix 2006), Joe Green (Causes), Mitchell Baker (Mozilla), Martin Hirsch (Ancien président d'Emmaüs France, ancien Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté ...), Matt Flannery (Kiva), Walter de Brower (OLPC) et moi-même... sous la houlette de Tara Hunt (the whoofie factor) … avons débattu du potentiel sociétal du web 2.0 pour lutter contre la pauvreté (dans son sens le plus large).

Panel Digital4Change Dec 2010

Digital 4 Change event at HEC Business School on December 9th, 2010 avec Tara Hunt, Mitchell Baker, Matt Flannery, Martin Hirsch, Cedric Giorgi

Muhammad Yunus et Florence Devouard

Muhammad Yunus et Florence Devouard (Merci à Tristan Nitot pour les photos !)

Prêteuse sur Kiva pratiquement depuis sa création (très très modestement ceci dit), j'ai découvert Babyloan, premier site internet français de micro-crédit solidaire. Ce sera mon geste pour l'année 2011.

Et vous, au moment des fêtes de Noël, à qui faites vous un don ?

mardi, octobre 19 2010

Web Connect Link Party J-3


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dimanche, mai 9 2010

Pénétrer dans l'esprit d'un investisseur financier

La conférence LIFT à laquelle j'ai participé cette semaine proposait une session de workshop chaque matin. Ainsi que je le signalais dans un précédent billet (la redécouverte du Vjing), j'ai rejoint trois workshops sur des thématiques très différentes, parmi lesquels le workshop "Hacking Venture Capital", animé par Fred Destin (Atlas Venture).

Destiné à un public d'entrepreneurs, la session avait pour objectif de fournir une expérience pratique du pitch et de la négotiation entre VC et entrepreneurs (pitch: la présentation du projet de l'entrepreuneur au VC; Négo: montant à investir et la prise de part dans l'entreprise, le nombre de sièges au conseil d'administration, la répartition des options, les préférences en cas de liquidation, ou le "reverse vesting").
La session s'articulait autour du cas pratique (plus ou moins virtuel) d'une entreprise de vente de logiciel en SAAS. Organisé par équipe de 4, chaque groupe devait analyser la fiche de description de l'entreprise, préparer un pitch de 5 mn puis donner le pitch devant toutes les membres du workshop (une cinquantaine de personnes). Le pitch donné en public était disséqué par Fred Destin, les autres VC présents dans la salle, voire les entrepreneurs avertis. Le pitch était suivi d'une série de conseils, trucs et astuces par Fred.
Dans un deuxième temps, toujours sur le même exemple d'entreprise, chaque groupe de 4 fut scindé en deux: 2 entrepreneurs et 2 investisseurs. Les entrepreneurs comme les investisseurs ont reçu une feuille de route avec leurs objectifs de négotiation. Après 15 mn de discussion, seuls 2 groupes sont parvenus à atteindre un accord partiel entre investisseurs et entrepreneurs, accord présenté à l'ensemble des participants du workshop. A nouveau, Fred a partagé avec la salle un ensemble de trucs et astuces relative à la négo.

En toute honnêté, j'ai adoré ce workshop. Bien mené, efficace, sympathique ! Un vrai plaisir. Il faut cependant avouer que mon ignorance était grande sur le sujet. On parle beaucoup des ventures capitalists (investisseurs en capital risque), pas toujours en bien il faut le reconnaître, surtout en France. D'ailleurs, le simple fait de traduire "venture capital" (terme à connotation positive, venture se rapporte à aventure), par "capital risque" en français est un bon indicateur de notre comportement souvent bien frileux vis à vis de la création d'entreprise.

Hacking Venture Capital, c'est regarder dans l'esprit d'un investisseur, comprendre comment il fonctionne, pourquoi il investit tel montant dans notre entreprise, comment il évalue sa valeur, quels moyens il met en place pour garantir que cet investissement porte ses fruits. Qu'en dit Fred ?

Avant de présenter le pitch, il faut répéter son discours de nombreuses fois (voire s'inscrire à des cours de théatre). Le préparer pour une version de 5 mn et une version de 30 mn. Lorsqu'un rendez-vous d'une heure est prévu, compter 30 à 35 mn de conversation, grand max. Le reste est utilisé à se dire socialiser, attendre le partenaire en retard, brancher l'ordinateur, subir une interruption d'un appel téléphonique etc. Préparer 40 slides est évidemment trop. 10 max. Ce qui compte est de raconter une histoire. Les VC investissent dans des histoires et non dans des businesses. Fred souligne qu'il sait généralement en 5 mn s'il apprécie l'entrepreneur, puis sait en 15 mn s'il est tombé amoureux du projet et passe le reste de l'heure à réfléchir pragmatiquement à ce qui colle et ce qui ne colle pas.

En plus du pitch de 5 mn, il faut prévoir une phrase, quelques mots, qui résument le projet et vont rester à l'esprit de l'investisseur. Une sorte de tag line. Car le pitch souffre d'une maladie, le pitch decay. Lorsqu'un investisseur rencontre des dizaines d'entrepreneurs dans le mois, il a vite fait d'oublier notre cas spécifique. Une "tag line" doit lui revenir à l'esprit. Par exemple "Flickr for video" ou "Venture hacks" ou "We network networks". Inscrire ces lignes derrière la carte de visite, sur son site web etc. Relire la tagline ramènera à l'esprit du VC votre histoire. Fred appelle cette tagline le "high pitch concept"

En fait, selon Fred, l'histoire et le high pitch concept sont véritablement la clé du succès. Il conseille de jeter à la poubelle business plan (personne ne le lit), executive summeries (personne ne le lit) et en particulier les NDA (accords de confidentialité) que de toutes façons personne ne respecte et peu signent. Son conseil: si votre banquier vous demande votre business plan, changez de banquier ! (oO)

Dans le pitch, Fred conseille de se concentrer sur le moteur économique du modèle et sur la réputation et l'expérience de l'équipe (il est possible d'évoquer des doutes sur la capacité d'émerger par exemple, mais il ne faut jamais exprimer de doutes sur son équipe). Il faut construire ce que Fred appelle the "social proof" (par exemple le fait d'avoir créé un advisory board et de l'avoir peuplé avec des personnalités reconnues pour leur expertise ou pour leur capacité à créer des business qui marchent, mais aussi pour leur implication. Un joli nom ne suffit pas, le nom doit s'investir dans le projet d'entreprise). Il est aussi nécessaire de se concentrer sur la "traction" (who is buying your stuff): un petit marché avec peu de chance d'évolution sera de peu d'intérêt. L'investisseur veut voir un marché potentiel le plus large possible.

En résumé, pour se lancer, il faut

  • un pitch de 20 mn
  • un high concept pitch (3-7 mots)
  • max 10 slides de présentation
  • aller au delà du "non"

Le "non": Selon les mots de Fred: "Be an Israeli entrepreneur. If the door closes, go in through the window!" Un investisseur vous oubliera. Il ne faut pas hésiter à le recontacter, à insister, à redemander. A être pénible....

Le pitch doit inclure une bonne conclusion, qui doit faire appel à l'audience (par exemple conclure sur le fait que l'on a besoin de leur aide financière et que xx euros est nécessaire pour passer à la phase de développement suivante). En revanche, il ne faut surtout pas dire combien l'on est prêt à abandonner en terme de part de propriété.

Enfin, dans la première phase, Fred rappelle qu'il faut éviter de gacher les 20 mn de pitch par des généralités, de la macro, des comparaisons à n'en plus finir avec ses conccurents ou d'entrer dans les détails au sujet des partenaires potentiels. Citer un revendeur potentiel intéressé est cependant une bonne idée. L'objectif est de séduire, de faire monter en flèche le rhythme cardiaque du VC. Les détails ne viendront qu'après.

Ce n'est que plus tard que d'autres éléments seront nécessaires. Par exemple, Fred conseille de définir 4 ou 5 indicateurs clés de succès (KPI) afin de suivre la progression de l'entreprise. Fred demande également par exemple un plan de dépenses opérationnelles à venir, les chiffres de vente des années précédentes, une road map et des milestones avec délivrables.


Bon finalement, il suppose que nous avons réussi la première étape (séduire le VC), nous avons fourni les documents nécessaires à la suite de la discussion. Et nous arrivons à l'étape de la négotiation. Pour être franche, même si j'ai saisi certains points, j'en ai essentiellement retenu que la première chose à faire était de s'informer afin de ne pas arriver complètement noob devant l'investisseur au risque de se décrédibiliser et de conclure un bien mauvais deal. Donc, s'informer, éventuellement parler avec un avocat, et surtout rendre visite à plusieurs investisseurs (y compris des investisseurs avec lesquels nous n'avons pas envie de faire un deal, c'est toujours un gain d'expérience).

Des points retenus:

C'est l'investisseur qui définit la valeur du business (selon ses propres critères). C'est son job. Le job de l'entrepreneur est d'aller voir plusieurs investisseurs pour entendre plusieurs sons de cloche. Le VC voudra entre 20 et 25% de propriété de l'entreprise et investira uniquement ce qui semble nécessaire à court terme (1-3 ans). Certains entrepreneurs proposent à certains VC d'investir moins mais de se contenter de 10% de la propriété de l'entreprise, alors qu'ils feront appel à d'autres investisseurs pour compléter leurs besoins (mettre plusieurs oeufs dans le même panier). Fred souligne que cette demande est arrogante et pas acceptable pour le VC. L'intérêt du VC est que l'entreprise ait assez d'argent pour réellement se développer en fonction des besoins opérationnels envisagés, et que le VC ait assez de pouvoir pour influer l'avenir de l'entreprise (la multiplication des investisseurs entrainera la dilution au niveau des mécanismes de prise de décision).

Pour le prix, ce qui compte est le prix par action. C'est à l'entrepreneur de décider du pool d'actions distribués aux employés. Pas au VC.
Fred suggère d'ailleurs des pourcentages d'attribution des actions :

  • CEO 5-10%
  • COO 2-5 %
  • VP 1-2 %
  • membre du conseil indépendant 1%
  • cadre avec expérience 0,33 à 0,66 %

Fred discute également de la composition du conseil d'administration. En général, il est totalement suffisant de n'avoir qu'un seul représentant de la société d'investissement au conseil d'administration. Il est toujours préférable de garder une équipe la plus petite possible pour garder de la souplesse et de la réactivité. Inutile d'avoir 2 ou 3 représentants des VC au conseil sous le prétexte de ne pas risquer une perte de contrôle. Il est préférable de garder un seul représentant et d'ajouter au contrat social des contrôles sur certains points (par exemple, sur l'entrée de nouveaux investisseurs, sur la vente de la société etc.) afin que les VC ne soient pas grugés. Fred conseille d'ailleurs de ne pas avoir peur du contrat social qui sera établi entre le VC et l'entrepreneur. Le contrat est là pour que les choses soient claires et bien définies entre les deux parties, éviter les risques et les malentendus. Ce contrat peut par exemple définir le montant qu'un créateur pourra récupérer de ses actions s'il quitte l'entreprise de façon prématurée (et volontaire). Il ne serait pas correct (fair) qu'un VC investisse 2 millions d'euros dans une société, pour voir le fondateur quitter l'entreprise le mois suivant, empocher le prix de vente de ses parts et laisser aux employés une coquille vide.

Enfin, Fred souligne qu'il faut cultiver son investisseur: il faut faciliter la vie de son investisseur. Ne pas le considérer comme un ennemi, mais comme un partenaire. Comme on s'engage avec lui pour plusieurs années, il faut se sentir à l'aise avec lui. Fred parle du 8 hours drive test (imaginez vous coincé avec votre VC pendant 8 heures dans une voiture). (note perso: je l'imagine très bien).

Les slides de Fred ainsi que le user case sont disponibles sur son site: http://www.freddestin.com

J'ai récupéré au passage un lien intéressant auprès de mes partenaires de workshop: Construire un business model

mardi, mai 4 2010

LIFT 2010 et redécouverte du Vjing

Demain, à l'heure où blanchit la campagne (non, en fait beaucoup plus tôt que cela), je vais quitter une Auvergne glaciale et trempée pour aller voir si le temps est meilleur du côté de Genève. Prudente, je vais emmener mon manteau d'hiver, des chaussettes de laine et une couverture de survie (on ne sait jamais, les monts du Forez pourraient être couverts de neige la nuit prochaine....). Bref, je vais assister pour la troisième fois à LIFT.

Cette année, LIFT a choisi de s'organiser avec workshop le matin et conférences/débats/tables rondes l'après-midi. Succès et taille des salles obligent, les workshops sont soumis à inscription. J'ai choisi de pratiquer la technique qui m'a été enseignée à Davos, ne pas oublier d'assister à des interventions hors des sujets auxquels l'on est habitué (voir choisir un thème pour lequel on est parfaitement néophyte) afin de quitter sa zone de confort et ouvrir son esprit à d'autres expériences. Dont acte...

J'ai donc choisi les trois workshops suivants:

  • VJing – from software to public space
  • iDemocracy! Do you? Open Voting and Tribe oriented Public Debate
  • Hacking Venture Capital

200px-HelsinkiVG4.jpgLe premier workshop (au sujet du VJing, le VJ ou Video Jockey, est une personne qui est à l'origine d'une animation visuelle projetée sans plus d'indications sur les techniques utilisées ou les choix graphiques effectués) évoque un thème dans lequel j'ai peu d'expérience, mais dans un contexte très connu :) (yeah ! Wikipedia !).

En fait, ma seule expérience relative au VJing remonte à ma participation à PixelAche en 2005 (Helsinki), festival de créations électroniques dont j'ai gardé de très nombreux souvenirs (ébahis) et ramené quelques (moches) images illustrant l'article actuel.

Ce qui est particulièrement intéressant est que le workshop fait en réalité parti d'un ensemble d'activités visant à produire un BON article sur le VJing dans Wikipedia. Il faut reconnaitre qu'il y a du travail. J'espère qu'ils ne vont pas juger les modestes photos prises en 2005 à PixelAche trop trop ridicules :) (si, probablement)

Le site web de l'initiative WikiSprint

mercredi, mars 26 2008

Davos et les images libres

Quand on pense Davos... on pense capitalisme effréné. Quelle ne fut pas notre surprise en découvrant un paquet de photos prises par les photographes professionnels de Davos, en ligne sur Flickr, sous une licence libre...

Tellement surpris qu'un wikipédien a même écrit au WEF pour vérifier qu'il n'y avait pas erreur (publication rogue, erreur d'attribution de licence etc...). Et bien non, c'était prévu et délibéré.

Chapeau.

Lire aussi

lundi, novembre 1 2004

Wikimania 2005 à Frankfort

Une rencontre ouverte à tous les utilisateurs des projets Wikimedia (dont fait partie Wikipedia va avoir lieu à la fin de l'été 2005. En pratique, nous espérons plusieurs centaines de participants, wikipédiens ou non. Lors de cette réunion, la parole sera donnée à des orateurs membres de Wikipédia ainsi qu'éventuellement à des non-membres. Un des buts de cette rencontre est de permettre à tous les wikimédiens de se rencontrer et d'en apprendre plus sur les projets dans les différents langues. La première étape consistant à choisir le lieu de cette rencontre vient de s'achever. Au démarrage du projet, il est tout de suite apparu un désir très fort de la part des wikipédiens européens d'accueillir cette rencontre mondiale. Une bonne dizaine de villes européennes ont ainsi été proposées, liste réduite à trois finalistes, Frankfort, Rotterdam et Dublin. Au terme d'une réunion (dont je ne vous dirais rien vu obligations familiales en ce 31 octobre, si ce n'est que le système de vote utilisé fut celui de Condorcet), le comité d'organisation a élu '''la ville d'accueil : Frankfort'''.