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mardi, décembre 13 2011

Agence de Relations Publiques Bell Pottinger: tel est pris qui croyait prendre

Bell Pottinger sur BBC Bell Pottinger, la plus importante (en terme de chiffre d’affaire) agence de relations publiques et de marketing britannique vient de se faire prendre le doigt dans la confiture. L’agence éditait les articles Wikipedia de ses clients.

En soit, l’acte n’est bien sûr pas répréhensible. Et ce n’est pas la première fois qu’une société ayant des activités de SEO (Search Engine Optimizer) est active sur Wikipedia. Il n’est pas rare de lire des articles dans la presse à ce sujet ou des blogs de “conseil” à destination des professionnels du référencement. Et toute personne un minimum attentive est capable de repérer leur activité sur Wikipedia (laquelle peut être globalement appropriée).

Les errances de Bell Pottinger sur Wikipedia

Ce qui pose problème dans le cas présent est la façon dont la démarche était appliquée. La société Bell Pottinger a suivi des pratiques non compatibles avec les règles éditoriales et sociales de la communauté wikipédienne, pratiques qui soulèvent de nombreuses questions quant au positionnement éthique de l’agence.

Bell Pottinger sur WikipediaPremier problème: la société Bell Pottinger pratiquait une activité éditoriale non respectueuse des règles de la communauté. La société Bell Pottinger a modifié ou créé des centaines d’articles, de façon biaisée, en supprimant des contenus corrects mais embarassants pour ses clients, en ajoutant du contenu incorrect ou excessivement laudateur, en ajoutant du contenu protégé par des droits d’auteurs, ou en créant des articles sur des sociétés dont la notoriété n’est pas suffisante pour qu’elles soient admissibles sur Wikipedia. Parmi les modifications apportées, plusieurs concernent “Chime Communications », la société mère de Bell Pottinger, et Naked Eye Research, dont Bell Pottinger possède 55%.

De nombreuses modifications ont été révertées assez rapidemment, mais certaines sont effectivement passées à travers les mailles du filet. La communauté a ouvert une page afin de lister toutes les modifications faites par Bell Pottinger, les annuler si nécessaire et tirer les leçons de cette affaire.

Deuxième problème: non contente de manipuler le contenu de la page du groupe Bell Pottinger, la société s’est même payé le luxe de proposer la semi-protection de l’article du groupe pour s’assurer de la préservation des modifications qu’elle avait apportées

Indefinite semi-protection:' Numerous biased changes and general vandalism caused by IP's. There are business and political reasons behind a number of edits made by IP's, particularly regarding mentions of the company's founder [Ivor Ichikowitz].[User:Biggleswiki] ([User talk:Biggleswiki]) 13:49, 22 November 2011 (UTC)

Troisième problème: la société Pottinger s’était cachée pour modifier les articles derrière plusieurs pseudonymes. 11 d’entre eux ont pour l’instant pu être identifiés. Cette pratique, appelée “sock pupetting” en anglais et usage de “faux nez” en français est interdite sur Wikipedia (une tolérance est admise tant que les comptes n’ont aucune interaction entre eux, sur des articles, dans des pages de discussion ou de vote).

Enfin, quatrième problème: la société Bell Pottinger avançait de façon cachée, sans avoir signalé la possibilité d’existence d’un conflit d’intérêt dans sa participation. Bien que ceci ne soit pas formellement obligatoire (et que malheureusement ceci ne soit que rarement fait), signaler l’existence de conflit d’intérêt potentiel est une pratique appréciée par la communauté. Dans le cas présent, non seulement les COI n’étaient pas déclarés, mais en prime, les “puppets” s’étaient inventés une personnalité fantaisiste.

Ainsi, comme le souligne un article de presse, un des comptes, ‘Biggleswiki’, indiquait-il une série de détails personnels sur sa page utilisateur. Son nom (David Biggles), ses dates et lieu de naissance, son statut professionnel actuel, des préférences en terme de voyages et son goût pour l’art, la photographie etc. Aucun Biggles n’a pu être identifié par les informations fournies. Un autre compte, ‘Diginerd84’ affirmait avoir 50 ans, être retraité, avoir 2 enfants, être fan de voitures anciennes et actuellement propriétaire d’une Rolls-Royce Phantom II de 1929.... Ces affirmations amèneront Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia à déclarer à la BBC:

I will personally buy a full tank of petrol for Mr Draper’s 1929 Rolls-Royce Phantom II if he exists at all.

Quelques pratiques à garder à l'esprit quand on est une entreprise

Il se trouve que depuis maintenant 4 ans, je propose des sessions de formation au sein d’entreprises ou autres organisations professionnelles pour les aider à comprendre comment fonctionne Wikipedia et leur éviter d’adopter de mauvaises pratiques, souvent sans même s’en rendre compte. Depuis peu, j’accompagne même une grande entreprise (la société Danone) à modifier un certain nombre d’articles les concernant.

Les règles de base que je leur prodigue sont:

  1. un compte = une personne
  2. une personne = un compte
  3. transparence totale (affichage de l’appartenance à l’organisation ou mention des conflits d’intérêts quand ils existent)
  4. lecture et respect des règles éditoriales et sociales
  5. humilité et écoute des conseils des membres de la communauté

Bref. Bell Pottinger : tout faux.

Bell Pottinger : un ensemble de pratiques qui ont abouti à un GROS scandale.

En interne, rien de vraiment nouveau. Ce n’est ni la première fois, ni la dernière, que nous sommes confrontés à une situation de ce genre. Les pratiques de manipulation légères et discrètes existent et sont malheureusement plus difficiles à repérer.
Dans le cas présent, certaines modifications étant extrêmement grossières, une investigation a été lancée en interne pour tenter de recouper les informations à notre disposition. L’investigation a été assez rapide, Bell Pottinger n’ayant pas tenté d’anonymiser son adresse IP (une technique que beaucoup de sociétés de marketing, y compris en France, utilisent en ne faisant les modifications pour leurs clients que depuis des lieux publics, comme parcs, musées, stations services etc.).
Finalement, le pot au rose a été mis en évidence par un wikipédien Tim Ireland. Tim a alors écrit à la société Bell Pottinger et a publié ses découvertes sur son blog le 07 décembre.
Les premières demandes d’interview par la presse sont arrivées le 08 décembre et ont été prises en charge par nos correspondants habituels en Grande Bretagne. Au cours des jours qui ont suivi, les articles à ce sujet ont explosés, donnant une visibilité à la société Bell Pottinger tout à fait imprévue. Bell Pottinger a admis être l’auteur de ses modifications mais considère qu’aucune d'entre elles n’étaient illégales. A l’exception des articles créés à partir de contenus protégés par les droits d’auteur, Bell Pottinger a effectivement raison. Les modifications apportées n’étaient à priori pas illégales. Elles n’étaient que honteuses.

En revanche, elles soulignent la fragilité de Wikipedia face à de telles pratiques. Fragilité heureusement compensée par la bonne volonté, la réactivité et la capacité à se remettre en cause de la communauté.

Un autre point mentionné par exemple dans cet article de la BBC souligne les dérives des SEO. Leur rôle était auparavant de s’assurer qu’une marque était visible dans les moteurs de recherche. Des pratiques plus douteuses se mettent en place, comme l’astroturfing, qui consiste à « faire apparaitre des histoires positives » et des commentaires favorables sur un client ou un produit, en donnant l’impression que cela vient de clients ou d’individus alors que tout est en fait le résultat d’une campagne soigneusement et entièrement orchestrée par une boite de com’.

Sans compter que les clients en question ne sont pas forcément contents de faire l'honneur de la presse non plus....

Bell Pottinger sur The Independant

Au final, un bon gros buzz négatif pour la Bell Pottinger, qui a cependant la satisfaction de voir sa visibilité boostée dans les moteurs de recherche.

Google Trends sur Bell PottingerBell-Pottinger.jpg

samedi, juin 4 2011

Wikitour en Romandie

Flyer pour le wikitour en Romandie en 2011Il y a 15 jours, je suis revenue d'un wikitour en Romandie (pour ceux qui ne connaissent pas, c'est en Suisse...).

Le "wikitour" consistait en une série de conférences sur Wikipedia et/ou les Wikis: 7 interventions en 5 jours (dont 5 publiques et 2 privées), à Genève, Lausanne, Fribourg et Yverdon. Certaines des interventions ont fait salle pleine, d'autres ont montré un public plus réduit (apparemment nous étions en période de révision d'examens et une bonne partie de la cible était le monde étudiant). Chaque intervention présentait un petit coin du monde des wikis ou de wikipedia. Par exemple, une intervention était axé sur le modèle économique de Wikipedia. Une autre intervention insistait d'avantage sur les aspects en rapport avec l'identité numérique, une autre encore portait d'avantage sur l'individu consom'acteur. Les audiences étaient aussi assez diverses puisque certaines étaient surtout constituées d'étudiants, d'autres de personnes très impliquées au niveau associatif (Fédération de Consommateurs), ou au niveau politique (Parti Pirate), d'autres encore étaient salariés. Au final, une assez grande diversité au cours de cette semaine complète d'interventions.

Pour moi, ce wikitour présentait deux nouveautés majeures.

La première était son mode d'organisation. Habituellement, je suis directement sollicitée et en contact direct avec le commanditaire. Je répond à la première demande, identifie des besoins lors d'un rendez-vous, fait une proposition d'intervention, organise mon déplacement, donne l'intervention, fait le suivi administratif.

Dans le cas présent, l'initiative revenait à Théo Bondolfi, président de Ynternet.org qui m'a proposé ce wikitour il y a quelques mois lors d'un de mes passages en Suisse. C'est donc Ynternet.org qui a organisé la tournée, à l'aide du flyer, de la mise en place d'une page internet, de la mobilisation de son réseau, en étant en contact direct pour tous les aspects administratifs avec tous les commanditaires nous ayant sollicité pour une intervention et en gérant les demandes de la presse. De mon côté, il m'est resté à ... préparer les interventions, .... aller en Suisse, ... me rendre sur les différents lieux d'interventions accompagné d'un membre d'Ynternet.org et fournir la prestation demandée. Beaucoup d'avantages à cette méthode, laquelle permet de gagner du temps et d'optimiser les compétences et réseaux de chacun des partenaires.

24 heures 17 mai 2011 24 heures 17 mai 2011 Le Matin - 17 mai 2011 La Tribune de Genève 17 mai 2011 Cliquer pour agrandir les images. La presse Suisse est toujours partante pour couvrir de tels évènements; On aimerait voir la même chose en France !

Seul point gris éventuel à retenir pour des interventions futures: en général le passage des informations "métiers" est difficile (les demandes spécifiques des commanditaires concernant le contenu de l'intervention). Une conversation directe entre l'intervenante et le commanditaire permettrait de plus clairement identifier les besoins spécifiques du commanditaire, mais aussi son actualité sur laquelle il peut être intéressant de rebondir en cours d'intervention. D'une façon générale, cela s'est bien passé mais m'a causé un peu de stress et dans un cas sur sept, je ne suis pas certaine d'avoir été bien positionnée par rapport au besoin. C'est probablement le point qu'il faudra retravailler si ce genre de partenariat se représente.

Sinon, il serait sans doute une bonne idée pour moi d'établir en amont une check-list à fournir à l'organisateur en amont (pour moi, ou pour les commanditaires) des points à ne pas oublier, tels que:

  • prévoir une rallonge (ça parait bête.... mais on peut se retrouver dans un coin de la salle uniquement parce que l'ordinateur ne peut pas être déplacé à un endroit convenable)
  • ne pas oublier le remote control (pour moi)
  • demander à ce que soit prévu un micro ! et mieux, un micro sans fil, type cravate
  • si besoin, s'assurer que la connexion internet ne requiert pas de mot de passe ou trouver le mot de passe en avance. Ne pas oublier non plus qu'un macintosh bookair ne fonctionne qu'en mode wifi...
  • s'assurer en amont que le matériel audio-vidéo n'est pas enfermé dans un meuble protecteur fermé à clé... (typique en établissement éducatif)
  • s'assurer que la salle n'est pas prévue 10 fois plus grande que l'audience attendue (il fait froid à 50 dans un amphi prévu pour 300)

Deuxième nouveauté: la densité. 7 interventions en 5 jours... sur un thème commun mais avec un contenu légèrement différent et des publics différents, ce n'est pas de tout repos. D'autant qu'une semaine plus tôt, j'étais aphone suite à un petit souci de santé. Ma voix à peine revenue, pas mal de stress à l'idée d'attraper un nouveau rhume ou tout simplement de trop forcer dans une salle sans microphone en début de semaine et de finir le vendredi inaudible. Mais tout le monde fut véritablement charmant et j'ai été très bien accueillie partout. Au final, j'ai passé une semaine inattendue et très stimulante, même si je suis revenue claquée le vendredi soir à Clermont-Fd.

Quelques liens vers les présentations publiées sur Slideshare

mercredi, février 9 2011

Wikipedia, les femmes et la philosophie du non-agir

J'ai toujours connu Wikipedia avec un déficit de femmes. Et alors ???

Sans qu'il soit nécessaire de s'appuyer sur des études complexes, le faible pourcentage de femmes éditrices du projet Wikipedia est une évidence pour tous les participants. J'ai souvenir d'avoir été la seule femme participante à la version francophone pendant de longs mois en 2002. A l'époque, je me souviens avoir regretté cette situation et avoir tenté de recruter d'avantage de femmes avec les moyens du bord. En l'occurence, en passant par la rédaction d'articles sur des thématiques intéressant souvent les femmes (recettes de cuisine ou articles sur le jardinage en particulier - comme mon stub/bouchon sur l'humus ou celui sur le slow food, lol) puis direction forums spécialisés sur lequel je postais avantageusement des liens menant aux articles en question (forums de jardinage, blogs de cuisine, doctissimo etc.). Je me suis faite bloquer comme spammeuse à plusieurs reprises :)

Wikiwomen by DungodungPlus tard, j'ai continué à évoquer le manque de femmes de ci de là, comme par exemple lors de cette interview par l'ADA (association travaillant à l'époque sur la promotion des métiers de l'informatique auprès des femmes). Je me suis aussi amusée à créer cette page listant les wikiwomen sur meta. Ultérieurement, la liste wikichix a été créée pour évoquer le déficit de femmes au sein des projets Wikimedia et surtout servir d'exécutoire à celles victimes de harcèlement. Cette liste, réservée aux femmes, a soulevé l'ire des participants hommes :) (ahah, discrimination positive :)). Plusieurs années après sa création, l'activité de cette liste demeure très faible, mais chaque année, les femmes participantes à Wikimania se retrouvent pour un déjeuner et une brève discussion "entre nanas" (voir ci contre, le Wikichix meeting at Wikimania, Taïwan en 2007).



L'enquête UNU Merit de 2007-2008

Depuis une quinzaine de jours cependant, la situation des femmes sur Wikipedia est largement mentionné dans la presse.

NetExploratrices 2011 Au départ de cette furie journalistique, un article de Noam Cohen du New York Times. Noam est un "habitué" de Wikipedia, un journaliste qui nous suit depuis des années, qui a pris soin d'interviewer de nombreuses personnes, qui se rend aux conférences Wikimania. Bref, un bon journaliste qui connait bien son métier. Article de bonne qualité, bien fouillé. Je n'ai juste pas très bien compris comment il arrivait à un chiffre de participation des femmes de 13% alors que la principale étude menée (en 2007) sur le sujet reporte un taux de participation des femmes à Wikipedia de 25%. Mais bref, de toutes façons, le chiffre est faible. Depuis, le sujet a été pris et repris sur de nombreux blogs et dans pas mal d'articles de presse. La semaine dernière, j'ai aussi participé à un panel sur le sujet lors de NetExplorateur 2011, sur le thème "Wikipedia 10 ans après : regards de femmes sur cette révolution du savoir" aux côtés d'Isabelle Juppé, de Catherine Morin-Desailly, de Natacha Quester-Séméon et d'Agnès Touraine. (Source de la photo)

J'ai tout de même envie de revenir un peu sur cette fameuse enquête de 2007 et sur ses implications.

Contributors Wikipedia

En 2007-2008, une grosse enquête a été mise en place par l'UNU Merit (elle est à présent accessible sur un site web dédié) pour essayer de mieux connaître les participants à Wikipedia, pour la plupart anonymes. Cette enquête a été largement traduite pour drainer un maximum de participation transculturelle et a réunie plus de 170 000 réponses. Deux biais aux résultats cependant:

  1. la participation est basée sur le volontariat (on peut toujours faire l'hypothèse que certaines classes d'age répondent plus volontier aux enquêtes; on peut aussi faire l'hypothèse que les femmes sont plus timides... ou au contraire plus motivées pour participer à de telles enquêtes).
  2. la participation réunit à la fois des participants, des ex-participants et de purs consommateurs (lecteurs non participants). Certes, certaines analyses font la différence entre les contributeurs et les non contributeurs, mais pas toutes.

Contributors Wikipedia

Assez bizarrement, les documents de résultats ne mentionnent pas la date de l'étude (ce qui est tout de même ennuyeux). Mais de souvenir, l'enquête a été réalisée soit fin 2007 soit début 2008 et des résultats préliminaires ont été présentés à Wikimania à Alexandrie en 2008. Les résultats détaillés ont cependant été finalisés courant 2010.

Une partie des résultats analyse plus précisément les paramètres "age" et "genre" des participants (voir résultats partiels de l'enquête UNU Merit ici).

Les résultats sont particulièrement édifiants.

Première constatation, 75% des participants à Wikipedia ont moins de 30 ans.... il est assez logique de voir que l'adulte vers 30-40 est trop occupé irl par sa vie professionnelle et/ou sa vie familiale pour vraiment pouvoir s'investir dans le projet d'encyclopédie libre. En revanche, on pourrait espérer une plus grande participation de la part des jeunes retraités.



Contributors Wikipedia Contributors Wikipedia


Deuxième constatation, les femmes représentent en moyenne 25% des contributeurs.

Oui, nous voyons fleurir sur Internet une autre valeur, celle de 15%. Le problème est que je n'ai pas pu identifier de source pour ses 15%.


Depuis, de nombreux blogs et articles de presse évoquent la situation.

Voir par exemple:

Et surtout, si vous êtes contributeur, participez à la nouvelle enquête réalisée en France par Marsouin.



















La philosophie du non-agir chez les wikipédiens

En lisant la presse et divers blogs, j'ai été frappée par le nombre de personnes (extérieures à Wikipedia) se demandant si nous allions recruter plus de femmes pour contribuer. Il faut dire, comble de malchance, que Sue Gardner a indiqué que son objectif était d'atteindre 25% de contributions des femmes d'ici quelques années. Je suis ravie de connaître les objectifs de Sue, mais la participation à Wikipedia étant libre et bénévole, la Wikimedia Foundation peut se fixer tous les objectifs qu'elle voudra, elle ne pourra pas faire beaucoup plus que promouvoir les projets auprès de la gent féminine. D'avance, je prévois que l'efficacité des mesures envisagées sera limitée.

Si nous sommes nombreux à espérer de l'efficacité en terme de participation des femmes.... la différence réside cependant dans la voie à emprunter. On a vu fleurir des initiatives imposant des quotas (genre taux de participation dans les conseils d'administration) ou des financements (genre financements de projets de création d'entreprise portés par les femmes). Point de cela sur Wikipedia.

J'ai lu récemment un petit opuscule sur les différences de perception de l'efficacité entre pensée "européenne" et pensée "chinoise".

La pensée dite européenne (inspirée des grecs anciens) a les yeux fixés sur un modèle, l'extériorité idéale à transposer dans la réalité. Par exemple, l'égalité homme-femme établissant comme normalité une participation 50%-50%. Le schéma de pensée raisonne sur trois éléments, le but, l'idéal et la volonté.
L'efficacité est conçue comme la réalisation d'un but, qui est modélisé et vu comme idéal, et que nous pouvons atteindre par la seule force de la volonté. Il n'y a alors que deux attitudes possibles: celle qui consiste à agir et celle dans laquelle le sujet subit. "Agir", c'est le désormais célèbre "yes we can". Pour favoriser l'évolution vers le but, on va utiliser l'occasion. C'est la coïncidence de l'action et du "bon moment".

Par exemple, en surfant sur les résultats de l'étude UNU Merit et sur la presse assez unanime ("il n'y a pas assez de femmes, il faut faire quelque chose !!!!"), l'occasion faisant le larron, la Wikimedia Foundation en profite pour pousser le sujet notre objectif: 25% de participation !. Et d'en profiter pour blogguer sur le sujet et pousser à la création d'une liste de discussion dédiée au sujet, GenderGap et à de pages dédiées au "gendergap" sur meta.

Paradoxalement, ce n'est pas vraiment comme cela que marche Wikipedia.

Nous aurions en fait plus tendance à fonctionner selon un mode de pensée dite chinoise. Le résultat n'est plus l'aboutissement d'actions, mais plutôt l'étape ultime de maturation d'un processus de transformation. On épouse les circonstances plutôt que de les modéliser ou les imposer d'avance. On laisse au temps le soin de faire aboutir la transformation et surtout, on évite d'imposer des actions qui pourraient troubler la cohérence et l'équilibre des choses. En substance: Wikipedia, ça marche comme ça, on ne va surtout prendre le risque de faire mettre en oscillations trop violentes un système qui .... est en équilibre depuis 10 ans, même s'il n'est pas parfait. L'occasion de la transformation n'est plus le résultat d'une action délibérée comme dans le cadre de la pensée "européenne", mais plutôt une attente et une lente maturation de la situation. C'est ainsi que de nombreuses décisions sont prises sur Wikipedia. Il est parfois nécessaire de voir des semaines, voire des années s'écouler avant qu'une décision soit prise, en douceur, lorsqu'enfin tous les les participants (ou presque) ont eu le temps de s'imprégner du problème, de le retourner dans tous les sens, d'envisager toutes les options, de mesurer les conséquences de chacune, d'estimer la difficulté de mise en place et finalement, individuellement et collectivement d'évoluer vers une résolution efficace. Cela parait à nos yeux d'européens totalement cocasse et inefficace. Ne serait-il pas plus simple et plus rapide de nommer un comité qui aurait autorité pour prendre des décisions ? Et bien non. La démarche reposera plutôt sur un dispositif instituant des systèmes de reconnaissance, de récompenses et de punition ainsi que des procédures de responsabilisation collective de façon à laisser les individualités s'épanouir dans un ordre social co-construit.

Un exemple typique est pour moi le changement global de licence du projet, adoptée vers 2008. La communauté wikipédienne a collectivement choisi de changer la licence de publication de son contenu, depuis la licence GFDL jusqu'à la licence CC BY SA. Ce changement de licence aurait pu être imposé par la Wikimedia Foundation, avec une procédure sur quelques semaines, avec sans doutes pour conséquences de nombreux grognements. Mais ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées. Ce n'est qu'après de nombreuses discussions, des propositions, de l'attente, et finalement une sorte de référendum lorsqu'il est apparu que le sujet était mûr, que la décision de passer de la GFDL à la licence CC BY SA a été prise.

En fait, un peu à l'image du taoïsme, les wikipédiens pratiquent largement le "non-agir". Cette pratique du "non-agir" ne veut pas dire "être passif" mais plutôt adopter une attitude de "laisser faire" lorsque les choses sont perçues comme allant généralement dans le bon sens, influencer (ou manipuler) en douceur les choses, concevoir une stratégie permettant de distinguer le facile du difficile et finalement adopter la voie facile au bon moment . On ne raisonne plus en terme d'action, mais en terme de réaction. Le processus aboutit naturellement.

Bref, tout cela pour dire que... plus de femmes sur Wikipedia... serait bien sympathique. En parler... ne peut être que bénéfique. Mais en dépit de tout le buzz autour du sujet, il est surtout urgent de ne rien faire et de laisser voir venir.

vendredi, décembre 24 2010

Le brevet de l'ordre national du mérite

P1020181_SS.jpgUne véritable saga s'est terminée après 2 ans, la semaine dernière.

Il y a deux ans et demi, j'avais reçu un coup de téléphone, puis un courrier, m'informant de ma nomination pour l'Ordre National du Mérite. En décembre 2008, Mr Besson, alors Secrétaire d'État chargé de la prospective, de l'évaluation des politiques publiques et du développement de l'économie numérique, m'a remis la décoration en question.

Seulement voilà, l'administration et moi, cela fait deux et visiblement, j'ai raté un épisode dans les démarches administratives à suivre. A moins que le conseil ait été insuffisant ? Dans tous les cas, il s'en ai suivi moults échanges de courriers entre la chancellerie et moi-même, pour finalement être contactée par l'ONM local début décembre.... lequel m'a annoncé que mon brevet était ENFIN arrivé. Et c'est ainsi que je me suis fait remettre le document officiel dans le joli tube bleu, en compagnie de la promotion 2010 de l'ordre du mérite et de la légion d'honneur, dans les salons de la préfecture de la région Auvergne, deux ans après la remise par Mr Besson, par Mr le préfet de région, Mr Patrick Stefanini et Mr Jean-Philippe Moulin, président de la Section ONM 63.

Histoire de "gommer" ce délai, j'ai remis la même tenue (sauf les chaussures...) et comme ils étaient sur place, j'ai emmené avec moi mon mari et mon fils ainé, lesquels ont pu prendre quelques photos (la luminosité n'était pas DU TOUT favorable malheureusement).

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ONM Brevet Florence Devouard

Enfin, la remise du brevet s'accompagne d'un courrier de la Chancellerie, nous invitant à prêter attention à diverses institutions, en particulier les Maisons d'Education de la Légion d'Honneur ainsi que le Musée National de la Légion d'Honneur et des Ordres de Chevalerie, en nous invitant à non seulement le visiter, mais aussi le faire connaître et le faire vivre. Et là... après consultation de l'article assez limité de Wikipedia sur le dit musée, je me dis que j'ai une porte ouverte pour l'améliorer... je vais donc me fixer cet objectif pour l'année à venir - rendre visite au musée, à son conservateur, et voir ce qui pourrait être imaginé en terme de partenariat...

vendredi, juillet 23 2010

"What Working for Wikipedia Taught Me About Collaboration" de Sandra Ordonnez

Sandy ("wikiblue") était la première "Head of Communication" (salariée) de la Wikimedia Foundation lorsque celle-ci était encore à St Petersburg (Florida), embauchée par son premier directeur, Patrick Bradford. Elle a quitté la Wikimedia Foundation lorsque les locaux de cette dernière ont été déménagé à San Francisco. J'étais présidente de la Wikimedia Foundation à cette époque, et je garde un excellent souvenir de Sandy (avec laquelle je suis toujours en contact épisodique sur le fameux Facebook).

Dans un savoureux article publié sur pbs.org, elle nous relate son expérience en tant qu'employée de la Wikimedia Foundation.

At that time, Wikipedia's internal structure did not match the widespread success and attention it was beginning to enjoy. I found myself working in a thrifty "rent-by-the-month" office building with three other employees: An administrative assistant, a fundraiser/hardcore Wikipedian, and a CFO. I was told that most tasks, including the communication projects, were carried out by a large network of international volunteers.

Elle rappelle avoir commencé à travailler pour l'organisation, dans des locaux assez "cheap". Il s'agissait d'environ 4 à 5 pièces louées dans un de ses batiments réservés à l'hébergement de petites sociétés, typiquement assurances et autres travailleurs indépendants), en compagnie de trois autres employés. Bizarremment, elle a oublié un des salariés également présents dans les locaux de St Petersburg. Le Directeur, Brad Patrick, qui tenait aussi le rôle de Chief Legal Officer. Bon, la mémoire joue toujours des tours... mais il s'agissait tout de même de son "chef"... Ceci est peut être un bon signe de la confusion qui régnait à l'époque :)

I immediately began to review the public relations materials available to me, and almost immediately went into panic mode. There was no polished press kit, press list or, dare I say, communication strategy. In fact, the majority of individuals on the communications committee had little to no public relations training, and were more intellectual and techie than the average PR practitioner at that time.

Tout à fait. Et c'est encore largement le mode de fonctionnement des associations locales Wikimedia... A compter de l'arrivée de Sue Gartner comme nouvelle directrice, il sera souvent fait appel à des intervenants extérieurs pour "entrainer" les salariés et les membres du conseil d'adminstration sur divers points. Je me rappelle un "media training workshop" tenu par Ruth-Ellen Soles (communications consultant et anciennement CBC spokesperson), pour nous former à mieux répondre à la presse. A ce jour cependant, la majorité des bénévoles répondant à la presse demeurent sans aucune formation.

A few weeks into the job, with little training and a very primitive understanding of the wiki ethos, I encountered my first PR crisis. A hardcore and well known Wikipedian, Essjay, had lied to the New Yorker about his credentials. Not surprisingly, the years of crisis communication training I received was useless in the context I found myself in. For a brief moment, I honestly thought that my career as a PR specialist had come to an end. The New Yorker, in my mind, was the bible of the media world; there was no way that our online encyclopedia was going to survive the PR damage.

In the midst of my concerns, I soon became a believer in the power of collaboration. That crisis was the moment when the new media landscape unfolded before my eyes.

The volunteers took charge. They created a Wikipedia entry that documented the event in gruesome detail. It was honest, direct and, amazingly, had no PR spin. In fact, for most Wikipedia members, the biggest concern was that Essjay had used his false credentials in content disputes. It was apparent to me that there was never any malice or hidden agenda. Essjay himself had revealed his real credentials on his user profile when he was hired by Wikia, a company owned by Wikipedia founder, Jimmy Wales. In fact, in the months that followed, I found the community became self-correcting by encouraging the use of real names and identities. It found a way to help prevent this type of issue from happening again.

Quelques semaines après son arrivée à ce poste, Wikipedia a connu un scandale important: un wikipedien de longue souche, étudiant dans la vraie vie, avait prétendu pendant longtemps être un professeur et utilisé cet argument pour avoir plus de poids dans certaines discussions portant sur le contenu dans Wikipedia. Un exemple classique de "Appeal from Authority". Mais il avait fait encore pire... interviewé par le New York Times, il a eu la bétise de se présenter sous la casquette de ce professeur, alors même que devenu salarié de Wikia, il avait révélé sa véritable identité à ses collègues de travail. Le retour de baton ne s'est pas fait attendre et pendant plusieurs jours, le téléphone de la Wikimedia Foundation n'a cessé de sonner. La presse s'est déchainée. J'ai aussi souvenir de longues discussions internes sur la façon dont nous devions réagir. Il n'est pas peu dire que nous étions vraiment non préparées à réagir à un tel scandale et j'imagine sans peine le stress dont Sandy a été victime.

Et puis finalement, ce ne fut pas le seul scandale qu'a vécu Wikipedia. Et aucun n'a vraiment réussi à ralentir sa course. A vrai dire, les scandales ont souvent plutôt comme conséquence l'arrivée de nouveaux participants.

Sandy en a tiré quelques leçons qu'elle partage avec nous, et qui peuvent être étendues à tous les usages de wikis:

Trust the Crowd; Its Smarter than You -- The sooner you trust the group and empower it, the sooner it can produce high quality results. The group can make up for any weaknesses you may have as an individual. The idea is to bring out the strongest skills and downplay the weakest in each person.

Diversity and Creativity Are Intrinsically Connected -- Creative brainstorming is significantly improved by diversity. Individuals not only challenge each others' ideas, but they also inspire each other as well.

Collaboration is Messy -- When Jimmy Wales said "Wikipedia is like a sausage: you might like the taste of it, but you don't necessarily want to see how it's made," he wasn't kidding. Chaos, in many ways, seems to be the spark of great collaborative endeavors.

Be Open to Receiving and Giving Criticism -- When working collaboratively, it is important to let go of your ego. Learn to not take things personally and be honest about what you think without being disrespectful.

Celui qui me semble le plus important a répéter est probablement celui qui souligne que la collaboration n'est pas chose facile et qu'il faut s'attendre à devoir "mouiller le maillot". Bien loin d'être un monde de bisounours, les plateformes wikis sont souvent le théatre de conflits. Le wiki fournissant un environnement transparent, les désaccords deviennent visibles à tous. On est pas d'accord et on se le dit. Le désaccord ne reste pas cantonné à deux personnes, il peut s'étendre, chacun voulant ajouter son grain de sel. Entre ceux qui ajoutent de l'eau au moulin du débat, ceux qui essayent de jouer un rôle de médiateur, et ceux qui se posent en arbitres prêts à prendre la décision à la place des autres, le wiki devient vite un lieu assez chaud, révélateur de tensions non-dites et de conflits larvés. Les conversations se croisent, s'entremèlent, les insultes fusent parfois, de nouveaux groupes d'intérêts se créent, des cabales se rèvent. Mais c'est de cette foultitude de discussions bigarées que peut naître une solution plus innovante que toutes les solutions précédemment imaginées et que des relations plus complices se nouent.

Il faut accepter l'existence des désaccords publics sur un wiki, en essayant de se souvenir que c'est de ce foutoir qu'émerge la créativité et que la seule chose qu'il faille exiger est le respect des personnes impliquées. On peut critiquer l'idée et la position, mais pas s'attaquer à la personne.

Loin de moi l'idée de dire que le conflit n'existe pas dans les entreprises, mais il est souvent plus caché derrière les portes, murmuré et incrusté dans les non-dits. Ce refus d'oser exprimer un désaccord en public est probablement une des raisons principales pour lesquelles les wikis sont difficilement adoptés en entreprise.

L'article de Sandy, salariée, relatant sa découverte d'une communauté wiki.

dimanche, mai 2 2010

Réhabiliter les "délinquants" numériques

Je suis peut être un peu provocatrice avec ce titre mais j'observe qu'on a vite fait de traiter de "délinquant" ou de "vandale" un internaute un peu "noob" (un nouvel arrivant sur la toile), pas encore au fait des pratiques acceptables et des pratiques inacceptables.

Please bite the newbie

J'ai été assez surprise il y a quelques semaines, de recevoir un courriel de la part d'un de mes cousins, B.
(je n'indique que l'initiale non pas pour conserver son anonymat, mais pour éviter la mémoire de Google).

B. approche de la cinquantaine. Il a un long passé dans la haute finance. Une formation initiale à l'ESCP Europe. Des années d'expérience chez diverses grandes institutions de la finance. A la fin des années 90, il a aussi tenté l'aventure de la création d'entreprise (sans succès malheureusement). Il travaille aujourd'hui comme consultant pour une grande banque et est spécialisé dans les fameuses "subprimes". En bref.... un sénior, un spécialiste dans un secteur de niche, détentaire de savoirs qui ne courent pas les rues.

Pour tout wikipédien digne de ce nom, c'est un éditeur potentiel à chouchouter....

Tout début 2010, B. décide de faire ses débuts sur Wikipedia. C'est un utilisateur convaincu et il perçoit que ses connaissances propres peuvent apporter un plus à l'encyclopédie écrite par les internautes. Il faut dire que la section "finances" est tout de même assez mal lotie.

Bref, B. choisit un sujet qu'il connait bien, et crée un article sur une des sociétés dans lesquelles il a travaillé dans le passé, la société E. La société E. est un éditeur spécialisé dans les progiciels pour salles de marché; elle fusionne avec une autre société il y a quelques années, et les logiciels qu'elle maintenait et développait sont repris dans le cadre d'une nouvelle société née de la fusion. Au moment de sa fermeture, la société E. emploi tout de même 400 personnes.

B. se lance donc dans l'aventure wikipédienne. Il créé la page sur la société E. de façon anonyme (sous adresse IP) dans un premier temps. De son propre aveu, la première version de l'article est assez médiocre (pas de problème de neutralité majeur, mais une mise à page minimaliste, une approche assez historique - logique puisque la société a disparu, et bien sûr pas de sources). En toute honnêteté, pour avoir vu la création de très nombreux nouveaux articles, l'article a ses débuts est tout de même de bien meilleure qualité que la moyenne.

13 minutes après la création de l'article sur la société E., ce dernier est blanchi (motif: contenu promotionnel; assez amusant lorsque l'on songe que la société a disparu en 2002)

Wiki VampiresB. crée alors un compte utilisateur et restaure l'article, avec le sentiment d'avoir fait une erreur de manip en perdant le contenu de l'article. A partir de là, tout s'enchaine. L'éditeur ayant blanchi l'article appose alors un bandeau "page à supprimer" (2 minutes après la restauration) que B. retire en ne comprenant pas d'où il vient, et ce à plusieurs reprises. B. reçoit alors un message sur sa page utilisateur, lui apprenant qu'il est un "vandale averti". Aujourd'hui encore, la page de discussion de B. ne contient essentiellement que le texte "standard"(automatisé) d'accueil des nouveaux, plus les diverses mentions relatives à son "vandalisme".

En visitant la page de proposition à la suppression, B. découvre que l'argument principal avancé est qu'il s'agit d'un article promotionnel, mais aussi que la société (de 400 personnes) n'a aucune notoriété sur Internet.

Une heure après la création de son premier article, B. appose un message sur sa page de discussion (déjà ornée de messages peu chaleureux),

''Aidez-moi
Je ne comprends pas pourquoi remplacer une version d'un texte que j'ai créé moi-même par une version légèrement retouchée me vaut d'être qualifié de vandale. Je n'ai toujours pas compris ce qu'on attendait de moi pour valider cet article.''

__Son appel à l'aide ne recevra aucune réponse... __ A ce stade, l'utilisateur lambda laisserait probablement tomber. Heureusement, B. n'est pas un utilisateur lambda, c'est mon cousin :)
soir là, il m'envoie un email, très sobre:

''Salut Florence et bonne année !

J'ai voulu créer un article mais je ne comprends rien aux messages que je provoque. Je ne sais même pas si j'ai provoqué fortuitement une demande de suppression ou si elle a été demandée par quelqu'un d'autre. Peux-tu m'aider?

Je t'embrasse, B.''

J'ai donc pris un peu de temps pour regarder ce qui s'était passé, lui expliquer sur sa page de discussion, et le conseiller sur la suite des évènements par email.

Deux jours après, B. créé un deuxième article, qui est à nouveau listé sur les pages à supprimer, pour motif "tentative de contournement de la demande de suppression du premier article écrit par cet utilisateur". Dans la plus pure tradition wikipédienne, cela relève de "Assume good faith". Ou plutôt le contraire ?

Finalement, les deux articles ont été conservés.

Mon objectif n'est en aucune façon de porter un jugement sur l'admissibilité ou non de cet article - j'ai la modestie de penser que je n'y connais vraiment rien du tout en logiciels de gestion financière. Je regrette un peu que des personnes ignardes sur ce sujet s'estiment être capables de juger ou non de la notoriété d'un produit ou d'un service spécialisé, mais j'admet le fait que notre modèle éditorial permet difficilement d'éviter ce travers.

En revanche, je suis assez déçue de la façon dont un nouvel arrivant est accueilli, alors que ce nouvel arrivant

  • n'est visiblement pas un chargé de com ayant reçu comme mission de faire la pub de sa société
  • est poli
  • s'exprime en des termes appropriés
  • montre visiblement une expertise sur un sujet assez mal traité sur l'encyclopédie

Conserver mais travailler la NPoV

Honnêtement, je me serais attendue à ce que mon cousin arrête là son expérience de participant à Wikipedia.

Et bien non !

Le week-end dernier, B. est passé déjeuner à la maison. Bien sûr, nous avons évoqué son expérience malheureuse de "vandale averti" (il n'est visiblement pas près d'oublier ce label, même s'il en parle avec un grand sourire paisible). Et à ma grande stupéfaction, B. s'est accroché. En dépit du caractère extrèmement inamical de ses premiers contacts sur le projet, il est devenu un wikipédien ! Il a évoqué avec un peu d'auto-dérision le fait que son premier article était vraiment loin d'être parfait, mais qu'il avait désormais beaucoup appris et travaillait à améliorer le contenu. Très fièrement, il m'a même annoncé qu'il faisait partie du "projet finances".

J'avoue en être restée sidérée. Je suis allée jeter un coup d'oeil sur ses contributions.... Voici la modification qui m'a convaincue :)

# {{Conserver}} mais travailler la NPoV.

Recruter des nouveaux, conserver les anciens, analyser les départs

Au delà de cette expérience vécue, il faut savoir que le taux de nouveaux arrivants sur Wikipedia stagne voire décroit (selon les langues) depuis 2008. Cela a été mentionné à moult reprises, voir par exemple ce blog sur Infodisiac à ce sujet. Plusieurs hypothèses ont été avancées, parmi lesquelles les quatre me semblant les plus solides sont:

  • pour les langues les plus développées, comme la wikipédia en anglais, en allemand ou en français, la difficulté à participer en raison de la quantité et de la qualité de l'information déjà disponible sur Wikipedia;
  • le développement majeur des réseaux sociaux type Facebook depuis début 2008 (j'ai pu observer que les anciens wikipédiens eux-même passent un temps non négligeables sur ces réseaux sociaux, temps qui pourrait être consacré à écrire ou améliorer un article;
  • la difficulté technique à éditer le projet (le logiciel n'étant pas des plus user-friendly)
  • les relations sociales parfois dégradées entre éditeurs (et en particulier un accueil des nouveaux assez peu chaleureux, comme mon cousin a pu en faire les frais)

La Wikimedia Foundation et les associations locales comme Wikimedia France travaillent activement sur le sujet de la stagnation voire la diminution des nouveaux arrivants. Dans cette optique, un sondage a été réalisé auprès de 1200 personnes ayant participé à Wikipedia, puis abandonné, afin d'identifier les raisons de l'abandon.

Les résultats peuvent être trouvés ici

Le fichier attaché à ce blog donne des résultats un peu plus détaillés que ceux sur les pages listées ci-dessus.

dimanche, février 13 2005

C’est gratuit, cela cache quelque chose…

Je viens de lire une excellente interview de Tristan Nitot, le président de Mozilla Europe (Firefox), dans Linux Pratique de janvier février 2005. Entre autres, il répond à l’interrogation suivante : comment les gens qui développent du libre vivent t-ils ou en vivent-ils ? Ce point rejoint un ensemble de questions souvent posées au sujet de Wikipédia et des wikipédiens:
  • Mais si l’encyclopédie est gratuite, comment la financez vous ?
  • Mais de quoi vivent tous ces éditeurs qui passent des heures quotidiennement sur Wikipédia ?
  • Qu'est ce qui vous motive ?
Tristan fait une comparaison intéressante. Il évoque le monde du sport, et plus particulièrement du rugby, qui jouit encore de la présence de nombreux non-professionnels de très haut niveau. Les rygbymen se retrouvent le week-end sur le stade, et prennent grand plaisir à cette activité collective. Ensemble, ils s’entrainent, ils suent, ils prennent des coups et cherchent des strategies. De même les spectateurs profitent de matchs de grande qualité sans s’interroger sur le status de bénévoles des joueurs. Tout le monde se fait plaisir. Et personne ne songe à remettre en cause la qualité des joueurs sous le prétexte qu’ils sont bénévoles. Les artisans du libre, tels les wikipédiens, de façon similaire, se retrouvent souvent le soir, après les horaires de travail ou d’étude, pour ensemble créer des articles. Ils se prennent aussi des coups, mais ils retirent une immense satisfaction du résultat de leurs interactions avec les autres éditeurs. Le succès grandissant du projet et les commentaires enthousiastes provenant des lecteurs montre que le plaisir est aussi au rendez-vous pour les “spectateurs”. Tristan signale alors qu’on pourrait objecter que des coûts financiers sont inhérents à l’activité, tels l’entraineur, les tribunes et vestiaires, le bus pour transporter l’équipe. La même chose est vraie pour Wikipédia. Nous avons aussi des coûts, tels que les serveurs, leur hébergement, les noms de domaine, les fournitures de bureau etc… Toutes ces informations sont d’ailleurs visibles sur le site de notre fondation (Bank History 2004), ces coûts sont absolument incomparables à ce qu’ils seraient si les rugbymen passaient professionnels, ou si nous devions payer tous nos auteurs. Au final, par rapport au travail fourni, le coût est extrèmement faible. Tristan indique que chez Mozilla, tous les développeurs sont bénévoles, et qu’il n’y a au final que 12 personnes salariées. Après réflexion, la Wikimedia Foundation Inc, vient de decider d’employer deux personnes. L’une travaillera un jour par semaine sur les serveurs du lieu principal d’hébergement en Floride (pour seconder Jimbo) et l’autre à mi-temps sur diverses taches. Un comparatif intéressant serait de voir combien de personnes sont nécessaires dans la plupart des firmes commerciales pour faire fonctionner 50 serveurs… A l'exception de ces deux personnes, tous les wikipédiens sont volontaires. Certains ont un emploi, d'autres sont étudiants alors que d'autres encore sont à la recherche d'un emploi. Les mères au foyer et les retraités sont rares. Quant aux resources, d’où viennent-elles ? Chez Mozilla, Tristan indique qu’elles proviennent de ventes de tee-shirts et de sponsoring. Chez Wikipedia, les sources financières sont:
  • les donations faites par tout lecteur qui prend plaisir à assister au match… pardon, à lire nos articles… sans la moindre obligation cependant. Les donations constituent le plus gros de nos revenus (Faites_un_don)
  • le sponsorship et les donations (Subventions et sponsoring)
  • les ventes de tee-shirts (Wikipédia sur Cafe Presse) (en toute honnêteté, montant franchement très confidentiel)
Ainsi que le dit fort bien Tristan Nitot

“Au final, nous avons un produit libre et gratuit. Pourquoi ? Parce que cela ne nous coûte pas très cher de le faire, mais de la façon don’t nous le faisons – avec des bénévoles – est la seule façon de faire un produit de cette qualité, là où ça ne vaudrait pas le coup de le faire dans une logique commerciale”.

Mozilla Europe : http://www.mozilla-europe.org/fr/

dimanche, janvier 9 2005

Écriture collaborative d'un dictionnaire multilingue sur Internet : approche métalexicographique de la macrostructure du Wiktionnaire

Une étude qui sera présentée oralement par Serge Bibauw, wikipédien :
Exposé réalisé dans le cadre d'un cours de lexicologie. J'ai choisi d'aborder le Wiktionnaire d'un point de vue métalexicographique (étude de la façon dont sont rédigés les dictionnaires) et de me limiter à sa macrostructure (uniquement la construction globale et la nomenclature, pas le contenu même des articles) parce que c'est déjà un sujet très vaste.
Etude de Serge Bibauw.

lundi, janvier 3 2005

Larry Sanger

A ne pas rater, le dernier article de Larry sur Wikipédia et la réponse de Jimbo. Pour les non-initiés, Larry Sanger fut employé pendant un an par Jimbo au démarrage du projet, comme éditeur en chef. Le contrat cessa au bout d'un an, officiellement pour manque de fond. Larry fut ensuite très silencieux, mais s'exprime bcp au sujet de wikipedia depuis environ 2 mois. Il cherche à se faire reconnaitre comme le co fondateur du projet, ce qui lui nie Jimbo, qui affirme que Larry n'aurait ete qu'un employé.

jeudi, décembre 9 2004

Fiabilité de Wikipédia : critères de validation des ressources Internet

J’ai suivi avec intérêt la correspondance de Mr Milan et de Mme Panijel, portant sur la fiabilité des informations contenues dans Wikipédia, la reconnaissance du projet par la communauté scientifique ainsi que sa recommandation auprès des élèves par le corps enseignant. D’une façon générale, je souscris aux réponses apportées par Mr Milan, ainsi qu’à sa description des principes fondateurs et fonctionnement du projet. Je recommande à ce sujet, l’article de Mr Caraco dans le Bulletin des Bibliothèques de France (l’inscription est gratuite). Concernant la fiabilité de ce qui peut être consulté actuellement sur Wikipédia, je souhaiterais rappeler que notre projet est encore très jeune, puisqu’au printemps 2002, l’encyclopédie comptait moins de 200 articles encyclopédiques, pour plus de 67 000 fin 2004. Nous progressons très vite certes, mais tout comme Rome ne s’est pas fait en 2 jours, Wikipedia a besoin de temps pour se construire et murir. Certains thèmes sont déjà couvert avec des articles dont la qualité est probablement unique sur le web (la tribologie, la grèce ancienne, l’astronomie, la linguistique etc…), alors que d’autres ne sont encore qu’à l’état de chrysalides (voire un stade de développement plus précoce encore…). Il faut donc être patient et certainement garder (ou acquérir…) un esprit critique. Ainsi que le mentionne Jean-Jacques, l’esprit critique est aussi indispensable pour l’usage d’autres ressources scientifiques (voir par exemple les erreurs relevées dans l’encyclopédie Britannica). Et la patience de même… car si les encyclopédies traditionnelles sont peut être plus avancées que la notre sur la description de la première guerre mondiale, je gage que peu d’encyclopédies sont capables de fournir des articles aussi informatif que le notre sur Mr Kerry…. Je crois nécessaire d’identifier deux volets à la notion de « fiabilité » et de « validation ». Le premier problème peut se produire face à une action de vandalisme : ajout de pipi-caca, ou falsification délibérée de date ou chiffre. Des systèmes de rétro-contrôle (modifications récentes, liste de suivi, historiques, liste de contributions…) garantissent une excellente réactivité face à ce genre de situation. La communauté dans son ensemble réagit au vandalisme avec promptitude et efficacité dans la majorité des cas. Il peut évidemment rester des traces de vandalisme après quelques heures, mais je les crois au fond très rares et surtout très rapidement corrigeables dès notification. J’imagine que la problématique de non fiabilité des infos due au vandalisme n’est pas vraiment ce qui peut le plus préoccuper la communauté scientifique. Le deuxième volet est beaucoup plus pertinent. Il s’agit de la crainte de non fiabilité d’information fournie par des non spécialistes, en toute bonne foi. Ainsi que cela a déjà été mentionné, nous considérons que si personne ne sait tout, tout le monde sait quelque chose et nous souhaitons reconnaître la capacité en chacun de nous à enseigner aux autres. Ces enseignements ne portent évidemment pas uniquement sur des sujets dits scientifiques. Nous souhaitons conserver un principe d’ouverture, qui autorise tout le monde à participer, y compris de façon anonyme, la multiplicité des participations garantissant une plus grande richesse de contenu et de perspectives. Et surtout, nous voulons conserver l’égalité entre éditeurs, sans donner plus de droits à l’un ou à l’autre, sous des prétextes tels que age, sexe, religion, éducation etc… Il y a plusieurs raisons à cela, dont une : la neutralité de point de vue. Le fait d’être professeur d’université ou professionnel ne garantie absolument pas la capacité à aborder certains sujets avec impartialité… Si nous « donnons » à un corps de métier plus de droit qu’à ceux qui ne font pas partie de ce corps de métier, nous pouvons gagner en pertinence, mais perdre en objectivité et en réalisme. Partant de là, comment garantir la plus grande fiabilité ET comment convaincre notre lecteur de cette fiabilité, tout en conservant participation ouverte et égalité entre éditeurs ? Car il existe bien DEUX problèmes : d’une part être fiables, d’autre part convaincre que nous sommes fiables. La majeure partie des éditeurs de Wikipédia peuvent avoir le sentiment que les articles auxquels ils participent sont fiables, et ce pour trois raisons : * ils s’estiment fiables eux-mêmes * ils connaissent les autres éditeurs participant à ces articles (parfois, ils connaissent leur niveau d’éducation et leur expertise professionnelle ; dans la plupart des cas, ils jugent sur le tas de la qualité des contributions)– et en fonction du respect qu’ils ont pour les connaissances des autres éditeurs, vont soit accueillir les ajouts, soit les corriger. * ils connaissent les principes d’édition basés sur la collaboration et la retouche mutuelle La plupart des lecteurs ne connaissent ni les éditeurs, ni les principes itératifs. Il semble que si nous entendons beaucoup de questions (entendez critiques) sur la fiabilité des contenus, la plupart du temps, ces critiques ne sont pas assortis d’exemples. Que l’on me comprenne bien ! Je suis convaincue que certains articles contiennent des inexactitudes, cependant, je pense que quelque soit la qualité de notre contenu, nous ne pourrons jamais éteindre les critiques liées à la fiabilité de notre process, tout simplement parce que le risque associé est inhérent. Donc, au mieux, voici ce que nous pouvons faire Pour augmenter le taux de fiabilité : * contacter des « experts » et les inviter à participer * inclure des ressources déjà connues et validées (par le biais de collaboration) * conserver nos meilleurs éditeurs et décourager les moins bons éléments * favoriser la mise en place d’équipes et de petit projets dont les participants seront très unis * stimuler la participation des enseignants eux-mêmes, peut être par le biais de projets éducatifs Pour améliorer le sentiment de fiabilité : * pousser les contributeurs à citer leurs sources et à fournir des références multiples et croisées (ce point me semble absolument essentiel) * inciter les contributeurs à fournir sur les pages personnelles leurs références professionnelles * peut être mettre en évidence une liste de contributeurs « connus » dans le monde réel (mais ceci risque de porter à controverse). Ce ne sont que quelques idées.
Claire Panijel : Pourquoi ne pas au moins mettre chaque rubrique sous la responsabilité nominale d'une personne dont le cadre de compétence serait fourni ? A défaut d'auteur, un éditeur intellectuel ?
Tout simplement parce qu’une personne unique ne peut prétendre connaître la totalité d’une rubrique, elle ne peut prétendre être parfaitement impartiale sur le sujet. Prenons un exemple d’un sujet auquel j’ai participé en langue anglaise : la loi sur le port du voile à l’école. Quelle personne pourrait prétendre être responsable d’une telle thématique ? Un politique écrivant la loi du fond de son bureau à Neuilly ? Un enseignant confronté au problème au quotidien ? Une jeune fille voilée ? Une militante féministe ? Un représentant religieux ? Un universitaire travaillant sur l’islamisme ? Un jeune des banlieux qui critique une jeune fille pour être sortie tête nue ? Un journaliste américain ? Je pense que toutes ces personnes sont à leur manière compétente sur un tel sujet. Mais chacun de leur domaine de compétence est différent, et tous sont nécessaires pour que l’article final soit fiable et significatif. Lequel nommer responsable ?
Claire Panijel : la page d'accueil du site wikipedia n'explicite nulle part les modalités de controle de l'information diffusées, question pourtant cruciale.
Bonne remarque. Cette piste semble intéressante à explorer. Ces informations existent, mais ne sont peut être pas suffisament claires.
Claire Panijel : Le contrôle par la collectivité est un outil démocratique, mais insuffisant en tant que tel pour valider un document. La validation doit pouvoir s'appuyer sur "des contributeurs qualifiés". La qualification des contributeurs reste très mystérieuse...
Ce problème est essentiellement un problème de perception du lecteur. Quand nous travaillons ensemble, nous connaissons le plus généralement les autres participants et nous demandons spontanément validation par nos pairs quand nous reconnaissons nos limites. C’est aussi la raison pour laquelle nous travaillons beaucoup par projets, dans lesquels les participants sont clairement identifiés. Le côté « mystérieux » des participants pourrait être éclairci par plus d’information sur leur page utilisateur, mais ceci reste un choix purement personnel. C’est aussi un point important pour garantir l’absence de censure…
Claire Panijel : la page "administrateurs" reste floue sur les modalités de nomination ou cooptation des administrateurs et sur les critères d'appréciation de leurs compétences. La page "Prise de décision administrateurs" témoignent de ces difficultés mais ne semble fournir aucun élément pour les résoudre.
Claire Panijel : la liste des administrateurs ne donne que des pseudonymes dont les pagees personnelles fournissent des renseignements plus ou moins précis ou fantaisistes.
Claire Panijel : Une encyclopédie en ligne produite de manière coopérative par les internautes volontaires et souvent anonymes peut-elle se passer de ces instances intermédiaires en s'appuyant simplement sur les capacités d'autocontrôle de l'ensemble des visiteurs du site ? La question est plus complexe, puisqu'il semble exister une première instance de contrôle, celle des administrateurs, sans compter les "bureaucrates et musterwards" (?) . Mais le fonctionnement, la composition et les modalités de désignation de ces instances restent opaques
Les modalités de nominations des administrateurs sont indiquées assez clairement pourtant. Pour autant, cela n’a pas la moindre importance. Les administrateurs n’ont pas de pouvoir éditorial supérieur aux autres participants. Ils sont essentiellement des éditeurs en qui la communauté a suffisemment confiance pour accorder des droits de blocage des vandales ou de suppression des articles. Ils agissent pour la communauté, et n’ont donc besoin que de la confiance de la communauté. C’est une affaire de « cuisine interne » :-) Leur compétence dans un domaine particulier est donc non significatif. Les bureaucrates n'assurent aucune fonction de contrôle non plus : ils ont la capacité technique de donner un statut d'administrateur aux éditeurs, après accord de la communauté. Enfin, encore moins que tout autre, les stewards (dont je suis) n'ont pas le moindre rôle de contrôle éditorial. Une dizaine de personnes ont la capacité technique de changer les statuts de tout éditeur sur TOUS les projets (Wikipédia, Wiktionaries, Wikibooks, Wikinews, Wikisources, Wikicommons, Wikispecies, Wikiquotes, en toutes langues). Ils peuvent donner ou oter des statuts d'administrateur, de bureaucrates, de développeurs ou de systèmes automatiques. Il s'agit d'un rôle purement technique et les stewards ne sont que des personnes en qui la communauté fait confiance et délègue certaines taches "ménagères" :-)
Claire Panijel : on ne sait rien des compétences des administrateurs, de leurs responsabilités particulières (par domaine ?), ni de l'organisation du groupe des administrateurs.
Quand un lecteur achète l’encyclopédie Larousse, il ne sait pas grand chose non plus de l’organisation de toute l’équipe de production…. Pourtant, vos remarques concernant les administrateurs font ressortir un point important : il est nécessaire de préciser d'avantage le rôle des administrateurs pour les personnes extérieures au projet.
Claire Panijel : On ne sait pas grand chose des moyens techniques de surveillance du flux d'information
Ces informations existent pourtant (il s’agit en majeure partie de ce que vous a expliqué Jean-Jacques, modifications récentes, liste de suivi, liste de contributions etc...). Vous avez probablement raison sur ce point, peut être cela nécessite t-il un bon nettoyage ? Reste à trouver un volontaire pour le faire...
Claire Panijel : Par ailleurs, Libération nous dit que le projet est né "au sein de la société Internet Bonis, spécialisée dans la vente de publicité et d'images érotiques sur le réseau.", ce qui laisse rêveur...
Je ne vois pas du tout le rapport. D’une part, ce n’est pas la société Bomis qui a lancé le projet, mais un de ses propriétaires, et c’est grâce en partie à l’argent généré par cette société qu’il a pu démarrer ce formidable projet. Produire un site web et diriger une équipe est un travail parfaitement respectable. Ce n’est pas non plus Jimbo Wales qui écrit des articles encyclopédiques, mais des milliers d’éditeurs de toute origine, tout age, tout sexe, toute religion. Par ailleurs, les sites web dédiés à l’érotisme sont parmi les plus évolués sur le web, toujours à la pointe de la technique :-) J’aime assez l’idée de l’érotisme finançant l’accès à la connaissance pour tous… cela ne manque pas de saveur…
Claire Panijel : Certes les encyclopédies commerciales rencontrent également le problème de l'évaluation des articles fournis, mais : - leurs utilisateurs se voient offrir la garantie d'un comité scientifique, de la validation par des spécialistes reconnus par des institutions scientifiques. - L'editeur se trouve aussi juridiquement responsable lorsqu'il diffuse des documents mensongers, illégaux ou portant atteint à la vie privée. - Il met en jeu sa réputation et ses intérêts économiques.
Je pense qu’au fur et à mesure de notre croissance, les participants sont de plus en plus fiers de participer à un tel projet, et librement, feront connaître leur expertise « publique ». Il n’y aura pas de comité scientifique, mais il est probable qu’un système de validation sera mis en place. Il existe déjà partiellement sur la wikipédia en allemand. A noter, l’éditeur est également juridiquement responsable sur Wikipédia (je reconnais qu’il est plus difficile de le contacter…), mais surtout, en cas de diffusion de documents mensonger, illégaux, portant atteinte à la vie privée, violation de copyright, la communauté réagit et élimine ses documents. Cette situation s’est déjà produite à plusieurs reprises sur tous nos projets. En général, nous corrigeons le plus rapidemment possible et nous essayons de rester discrets. Dans tous les cas, je vous garantie que c’est un problème auquel nous attachons énormément d’importance. Ne pas en tenir compte signifierait pour nous une considérable perte de confiance de la part de nos lecteurs, de nos éditeurs et des personnes dont les dons permettent au projet de fonctionner. J'espère avoir éclairci certains points. Il est acquis que notre plus gros "challenge" est d'amener certaines communautés, dont la communauté scientifique, à faire confiance en notre contenu. Cette discussion est donc extrèmement intéressante et j'espère sera fructueuse. Anthere

vendredi, novembre 19 2004

Wikipédia et objectifs politiques

Rappelons le, Wikipédia a pour objectif la mise à disposition du savoir humain au plus grand nombre. Ceci est rendu possible grâce à
  • un accès au mieux gratuit (sur internet ou après installation sur un ordinateur), au pire à faible coût (en version CD Rom ou papier)
  • un savoir proposé dans un très grand nombre de langue
  • un savoir qui peut être diffusé et réutilisé par tous grâce à la licence libre
Certes, Wikipédia souhaite rester strictement attachée à un principe de neutralité. Elle ne cherche pas à porter un quelconque jugement sur un positionnement politique, religieux, culturel ou autre. Ses articles cherchent à rapporter toutes les positions sur un sujet (en excluant toutefois les positions anecdotiques, ce qui révèle malgrè tout un jugement partial sur ce qui est "important" et ce qui ne l'est pas). Afin d'éviter toute prise de position, nous recourons avant toute chose à la citation. Nous attribuons les opinions à leurs auteurs, selon le schéma "Dans le journal Tt, au cours d'une interview réalisée le dd/mm/yyy, Mr YY, président de l'organisation Zz, affirme que ....". Bref, nous clamons haut et fort notre souhait d’impartialité.

De là à prétendre que Wikipédia est totalement apolitique, ce serait soit mentir, soit se voiler la face.

Mettre à disposition la connaissance, afin de combattre l’'ignorance, l’'obscurantisme, la superstition, la manipulation, la propagande; donner aux hommes l'’information leur permettant de se forger leur propre opinion, d’'affirmer leurs idées et de prendre des décisions en toute connaissance de cause, est un acte politique.
Dans cet objectif, la devise des Lumières « Aie le courage de te servir de ton propre entendement » reste toujours d'’actualité, et s'’applique à Wikipédia. Cet acte politique, informer, est partagé par beaucoup d'’autres encyclopédies. Wikipédia va cependant plus loin dans la volonté de donner cette information au plus grand nombre par le biais de l’'association du multilinguisme, de la gratuité, et du droit à réutiliser cette information librement, trois principes qui l’'identifient comme unique en son genre.

Cependant, l’'objectif politique de Wikipédia va beaucoup plus loin.
* A travers le système d'édition choisi, le wiki, et une organisation communautaire, nous voulons démontrer qu'il est possible de construire un projet en commun, une tour de babel dont la construction ne s'arrêtera pas pour de simples motifs linguistiques. 
* Nous voulons démontrer qu'il est possible de faire travailler ensemble des milliers de personnes selon un modèle oscillant entre la démocratie participative et le consensus.  
* Nous voulons démontrer que l'enseignement n'est pas uniquement dans les mains des « experts », mais que nous possédons tous des parcelles de connaissance dont nous pouvons faire bénéficier l'humanité. Personne ne sait tout, mais tout le monde sait quelque chose. 
* Nous souhaitons ne pas reposer uniquement et passivement sur les chaines de télévision et radios officielles pour nous nourrir d'information prédigérée. 
* Nous voulons que nos lecteurs apprennent à lire une information de façon critique -
  Nous voulons montrer que nous pouvons devenir des acteurs de notre propre avenir, et non reposer sur les acteurs politiques traditionnels pour décider à notre place. 
* Nous voulons éloigner le spectre de la solitude et de l'’isolement dans nos sociétés industrialisées, et rapprocher des hommes et des femmes que rien ne poussait à se rencontrer, pour collaborer sur un projet pharaonesque. 
* Nous voulons que nos participants apprennent à reconnaître leurs différences et leur désaccords, ne les nient pas, et puissent en discuter ensemble. 
* Nous voulons que nos participants apprennent à mettre entre parenthèses ce qui les séparent pour cultiver ce qui ne les unis. 
* Nous voulons démontrer que la défense d'un système est plus efficace en laissant les portes ouvertes qu'en construisant des murs.
Wikipédia n'est pas seulement destiné à être une source d'information, mais cherche à modifier globalement un système de fonctionnement. Elle reconnait les capacités individuelles, pousse à l'implication personnelle au sein de la dynamique sociale et met en évidence les bénéfices de la coopération. 
Selon Souffron, une véritable encyclopédie ne saurait exister sans un objectif politique, et à ce titre, seul Wikipédia mérite aujourd'hui le nom d'encyclopédie. Je n'irais pas si loin, car toutes les encyclopédies actuelles ont au moins l'objectif politique de triompher de l'ignorance. Mais en effet, seule Wikipédia présente des objectifs véritablement révolutionnaires et c'est bien ce qui fait son charme et son succès. 
Florence Devouard

jeudi, novembre 18 2004

Qu'est ce qu'une encyclopédie ?

Jean-Baptiste Soufron répond sur son blog aux récentes critiques de Robert McHenry, précédemment éditeur de l'Encyclopédie Britannica par une pièce magistrale à ne pas rater. Attention, cet article est en anglais. Dans "the political importance of the Wikipedia Project: the only true Encyclopedia of our days", Jean-Baptiste Soufron indique son désaccord avec McHenry sur ce que serait une véritable encyclopédie. Selon Soufron, McHenry considère qu'une encyclopédie n'a pour seul objectif de fournir une information exacte. Soufron, au contraire, soutient qu'une véritable encyclopédie ne serait exister sans un objectif politique, et qu'à ce titre, seul Wikipédia mérite aujourd'hui le nom d'encyclopédie.
I am convinced that Wikipedia is the only real Encyclopedia of our days because it's the only one that relies on a real political goal: to pursue freedom over content and information. On the other hand, books like the Encyclopedia Britannica are nothing else than simple knowledge compendiums without any political soul and usurping the term "Encyclopedia"."
Soufron s'appuie dans son argumentaire sur le souvenir de l'encyclopédie de Diderot et D'Alembert, dont l'objectif était de faire évoluer la société du XVIII.
It’s quite obvious that many of the most noted figures of the French enlightenment contributed to the work, including Voltaire, Rousseau, and Montesquieu. The encyclopedia was a political weapon aimed at destroying superstitions and providing access to human knowledge. It was a quintessential summary of thought and belief of the Enlightenment. The encyclopedia did not hesitate to praise Protestant thinkers and to challenge Catholic dogma.... In ancien régime France the Encyclopédie caused a storm of political controversy and, obviously, played an extremely important role in the intellectual ferment leading to the French Revolution.
Le sujet étant vaste, je commenterais dans un post à part...

vendredi, novembre 5 2004

Firefox

Oserais-je ? J'ose. Une extension de Firefox permet de rendre l'édition des pages de Wikipédia plus simple, en fournissant un nouveau menu contextuel... l'extention en question Etant toujours sur mon vieil imac OS9... je n'ai pas testé pour vous :-)

mercredi, novembre 3 2004

Utiliser les TIC en classe? On veut bien, mais on ne sait pas comment!

Un éditorial intéressant publié cette semaine, écrit par Audrey Miller, dans l'Inforbourg (agence de presse pédagogique). Audrey évoque la difficulté qu'il y a à apprivoiser les nouvelles technologies de l'information, et à intégrer leur usage dans le cursus scolaire canadien. A noter, qu'un autre lien dans Inforbourg mentionne la mise en ligne de l'Encyclopédie Hachette Multimédia en Ligne, encyclopédie proposant un contenu validé (articles, atlas et dictionnaire complets) et constamment mis à jour, et qui pourrait devenir une grande ressource pour les enseignants. Dans le même article Audrey indique la venue proche d'un comparatif entre l'encyclopédie Hachette et Wikipédia ! (rassurez vous, je l'ai déjà contactée). De l'usage de Wikipédia par nos enfants Au dela de la comparaison qualitative et quantitative de Wikipédia et de l'encyclopédie Hachette, un argument qui risque d'être utilisé en défaveur de l'usage de Wikipédia en milieu scolaire, est le faible niveau de censure de nos articles. En matière d'usage scolaire, ou tout simplement d'usage par les enfants, Wikipédia pourrait être considérée comme inadaptée, pas tant en raison du niveau des articles plutôt destinés aux adultes qu'en raison de la quasi absence de filtres éliminant la nudité, le sexe, la violence, ou tout autre contenu parfois jugé inapproprié pourr nos petits. En trois ans, la problématique du filtrage a souvent été mentionnée dans la communauté et j'ai moi-même participé à une proposition de système de filtre parental , basé sur le système ICRA. Voir la proposition de gestion du contenu choquant (en). L'usage de filtres n'a cependant pas été retenu par la communauté, qui s'affiche ouvertement contre toute tentative de censure. Toutefois, victimes d'un biais systématique, des phénomènes d'auto-censure se produisent, parfois fort différents selon les languages. Ainsi, sur la wikipédia anglophone, un débat vieux de plus d'un an se poursuit concernant la présence d'une photo de clitoris sur la page même, alors que la communauté francophone a visiblement décidé de ne la mettre à disposition qu'avec un lien d'alerte.
Soyons honnêtes, si vous étiez un enfant, ne cliqueriez vous pas IMMEDIATEMENT sur ce joli lien jaune ?
La communauté s'est cependant fermement opposée à mettre disponible directement sur la page, une photo de la tête coupée de Nick Berg. Enfin, en terme de contenu perturbant, l'article Shock site propose des liens désactivés vers les sites en question, rendant l'accès à ses derniers un peu plus complexes (mais non impossible, n'est ce pas ?). Une des grandes difficultés concernant la mise en place d'un système de filtre parentale, est ... tout simplement... de décider de ce qui est potentiellement choquant et de ce qu'il ne l'est pas... Et pourtant, si en effet Wikipédia peut potentiellement contenir des articles perturbant les enfants, j'encourage son usage, non seulement comme source d'information mais également comme moteur de développement personnel et apprentissage au travail collectif... pas toujours évident à développer en milieu scolaire avec des classes surchargées. Nous avons déjà reçu parmi nous des adolescents ou de jeunes adultes, et leur enseignant, pour des projets d'enrichissement d'un coin de l'encyclopédie. Voir à ce sujet le projet P8 : arts contemporains. Dernier développement à signaler sur le front junior : La Foundation Wikimedia a reçu récemment 10 000 dollars de la Beck Foundation, pour développer une collection de petits livres destinés aux enfants, à partir du contenu de l'encyclopédie anglophone. Ce projet est en cours de réflexion. Nous espérons par le biais de ce type d'initiative, pouvoir proposer aux enfants, un contenu de qualité, validé, contrôlé, pédagogique tout autant que ludique. Florence Devouard Vice-présidente de la Wikimedia Foundation Maman de 2 enfants.

vendredi, octobre 29 2004

Wikipédia utilisée dans la presse

Le Monde mentionne à présent Wikipédia comme source d'information sur sa version en ligne (voir les mentions à droite des articles). Par exemple, les articles suivent font appel aux articles Ophiuchus (constellation), Surréalisme, Siméon II de Bulgarie, et Pays baltes de la wikipédia francophone : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-382720,0.html http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-382112,0.html http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-382209,0.html http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-384328,0.html Ces 4 articles sont d'excellente qualité ! Très récemment, FoeNyx a fait une petite étude des liens pointant vers la wikipédia et de l'évolution du nombre de liens réferrants autant que des sites afférents au cours des derniers mois. Voir les liens réferrents Il apparait une nette augmentation (ce qui est à peine surprenant, mais toujours agréable à voir). Plus intéressant encore, les sites pointant vers notre contenu, en particulier * La palme pour le nouvel observateur : 72 articles ! * les gouvernements français, belge et canadien * Arte (6 articles en octobre) * Le monde * et bien sur Yahoo Je ne peux m'empêcher de ressentir une fierté toute maternelle à voir le nouvel obs utiliser notre article sur l'écologie comme référence dans un article sur Noël Mamère, étant donné que j'en suis l'un des auteurs principaux...

mardi, octobre 26 2004

Estimer son taux de participation à Wikipédia

Compteur d'édit Certes, la qualité de la contribution ne se mesure pas en nombre de click sur le bouton "sauver" (sinon, je serais bien évidemment gagnante... comment ça... ma cheville va beaucoup mieux depuis samedi merci... le gonflement est parti), mais il est toujours amusant de mesurer notre wikipédiholisme à cette aune. Essayez ! anthere

dimanche, octobre 24 2004

Wikimédia France

Ca y est ! Après un an d'effort, de sueur, de conflits, de larmes, de claquements de porte et grandes déclarations emphatiques, l'association Wikimédia France est née ! Son objet : contribuer activement à la diffusion, à l'amélioration et à l'avancement du savoir et de la culture, en aidant le développement d'encyclopédies, de recueil de citations, de livres éducatifs et d'autres compilations de documents, d'information et de diverses bases de données informatives, notamment en langue française et langues régionales françaises, qui ont pour caractéristiques :
  • d'être disponibles gratuitement en ligne par les technologies de l'internet et assimilées ;
  • de disposer d'un contenu libre, mis à disposition du public par ses auteurs grâce à un contrat de mise à disposition libre, en application des dispositions du Code de la propriété intellectuelle.
Les fondateurs et statuts peuvent être trouvés ici Après avoir passé l'essentiel de la journée chez les métallos (qui nous avaient déjà accueillis en juillet 2004 - merci à eux une fois encore), nous avons achevé les statuts et leur impression au café internet le plus proche. Il faut dire que pas moins d'une journée a été nécessaire pour à nouveau modifier, corriger et remanier des statuts auquels nous travaillons depuis juillet... et qui étaient supposés être finaux... Un wikiste est probablement un individu devenu incapable d'imaginer un document immuable... l'attrait du lien "éditer cette page" étant devenu le plus fort.... Nous avons réussi à empêcher la guerre d'édition in situ à défaut de n'avoir pu trouver un consensus sur irc. En effet, autre caractéristique du wikipédien, le besoin de rester connecté à sa base, d'où la présence de plusieurs ordi connectés au net (par wifi... le parisien ne s'imagine probablement pas le degré de jalousie d'une simple clermontoise...) et un contact maintenu avec les fondateurs non présents diectement sur irc. Mon admiration va à ce sujet droit à Sam, pour sa persévérance (lors de son role de secrétaire es irc pendant toute la réunion) et son humeur égale en toutes circonstances ... En matière d'humeur, nous ne déplorons qu'un simple break pour Ryo...mais malheureusement... la perte de deux candidats co-fondateurs, qui ont choisi de laisser l'équipe continuer sans eux. J'ai observé avec intérêt la balance de pouvoir se mettant en place..., la prise d'épaisseur de certains participants au cours des derniers mois... l'émergence de nouvelles compétences, ou au contraire des repositionnements... Il manquait problablement Villy toutefois pour avoir une image claire des futurs équilibres et des roles officieux de chacun. J'ai bon espoir en cette association; un bon noyau dur est gage de succès :) Il me semble un assez bon présage également de compter parmi nous un membre des métallo et de la FING , Denis Pansu. Jusqu'à présent, notre expérience est restée très wikipedo-wikipedienne; l'implication de membres venant de structures différentes ne peut que contribuer à l'enrichissement du tissu. Un petit point noir sur lequel je souhaite m'attarder. J'ai regretté l'antiaméricanisme viscéral, de trois personnes. Attitude très franco-française qui, de mon point de vue, n'a pas lieu d'être sur Wikipédia. Nous ne sommes pas un projet américain, nous sommes un projet international, qui dépasse les simples frontières nationales, pour oeuvrer à un fabuleux objectif commun : aider à l'établissement d'un monde dans lequel tout le monde aurait accès à la connaissance. La wikipédia existe en plus de 50 langues, et la seconde langue, l'allemand, n'est jamais qu'un tiers plus petite que la version anglophone, et à ce jour est la plus avancée en terme de publication papier, d'édition de version CD rom, et tout simplement de mise en place d'un système de validation du contenu des articles. L'équipe de développeurs est excessivement internationale, voir pour s'en convaincre. Le board of Trustee de la Foundation Wikimedia même, est composé de deux représentantes dont aucune n'est américaine. La plupart d'entre nous voient dans ce project un projet global commun et non un ensemble d'entités indépendantes. C'est dans cet esprit que les statuts ont été établis. Non pas pour donner toute puissance à une fondation américaine et aux américains, mais pour tous ensemble, permettre le développement de contenu libre, et sa diffusion, dans tous les pays du monde et dans le plus grand nombre de langues possibles. Accorder le droit de vote à la foundation n'est pas se soumettre à la suprématie américaine, c'est accepter de faire partie d'un schéma global, se protéger également d'une OPA non amicale de la part de Microsoft. La création d'une association affiliée à la Foundation implique à la fois des droits et des devoirs de l'association locale vis à vis de la foundation mère (tel qu'avoir le droit d'utiliser le nom Wikimedia, ou le devoir d'informer la foundation) mais aussi des droits et des devoirs de la foundation vis à vis de l'association locale (telle qu'un droit de véto dans les modifications des buts de l'association, ou le devoir de soutenir l'association locale dans le cas d'une tourmente judiciaire). Exiger d'avoir tous les droits et aucun devoir est tout simplement déraisonnable. Comme le dit fréquemment mon mari, on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le cul de la fermière.

jeudi, octobre 21 2004

Censure

Les actualités de google ont été fortement critiquées après avoir indiqué qu'elles n'inclueraient pas les sources censurées par le gouvernement chinois. Le blog de google lui même a alors indiqué :
"we believe that having a service with links that work and omits a fractional number is better than having a service that is not available at all. It was a difficult tradeoff for us to make, but the one we felt ultimately serves the best interests of our users located in China."
Le fondateur de Wikipedia, Jimbo Wales, a choisi une autre approche. Après un premier blocage de Wikipédia en République de Chine en juin 2004, puis un second en septembre 2004, Jimbo a déclaré
"NPOV is non-negotiable. There will be no policy which says that Chinese Wikipedia must avoid topics that are upsetting to the Chinese government."
Au niveau francophone toutefois, le débat est relancé en raison de la création toute prochaine de l'association Wikimédia France et de ses potentiels responsabilités légales.
Récemment, une recette de cuisine fut ajoutée dans le wiktionary anglophone, recette de gateau contenant de la marijuana. En poussant les choses à l'extrème, il existe en fait de nombreuses informations qui tout en étant encyclopédiques, peuvent se heurter aux lois françaises : des recettes de cuisine contenant des drogues illicites pourraient elles être éventuellement considérées comme une incitation à la consommation? quid d'opinions faisant l'apologie du racisme ou du nazisme ? comment serait perçu un wikibook ayant pour sujet "les 100 et 1 techniques pour mieux se suicider"? Pendant que Jimbo s'oppose farouchement à toute censure, d'autres proposent le développement de système de marquage (flag) des articles "illégaux" dans certains pays, soit pour rendre invisibles ces articles à certaines adresses ip, soit pour pouvoir facilement les exclure dans le cadre d'une publication papier. Si l'idée est intéressante à garder dans les cartons (pour réagir face à une décision de justice notamment), son défaut majeur est tout de même une quasi incitation à l'auto-censure. Quoiqu'il en soit, en presque 4 ans d'existence, Wikipédia n'a été en réalité bloquée que dans un unique pays, la Chine populaire. A l'occasion du deuxième blocage (fort court), Reporters sans frontières a interpellé l'Union européenne sur la dernière vague de répression et a entre autres, exigé le rétablissement de l'accès au site dans les meilleurs délais.

mardi, octobre 19 2004

Distance entre deux articles Wikipédia

Il est maintenant possible de connaitre rapidement la distance entre deux articles de Wikipédia, grâce au script de Kate. Malheureusement en anglais uniquement, mais les motivés sauront faire la demande pour un outil plus international. http://download.wikimedia.org/~kate/cgi-bin/degree.cgi Examples Entre ecoregion et cooking Nous trouvons Ecoregion -> Continent -> Buckminster Fuller -> Autonomous building ->Cooking Allez, un autre pour le plaisir Entre Mr Bush et blow job George W. Bush -> military service controversy -> Interceptor aircraft -> Bomber destroyer -> Messerschmitt Me 262 -> Blow job Hmmmm, curieux cela...

dimanche, octobre 17 2004

Je fais le rêve d'une photographie de la société actuelle...

Extraits de l'article d'Olivier Bruzek dans le point
Disons-le tout net, je ne suis pas fan de l'« Encyclopédie Hachette Multimédia »...Seulement voilà, je trouve le produit d'un autre âge. Cette édition 2005 a beau être flambant neuve, on n'y trouve aucune trace de John Kerry, le peut-être futur président de la première puissance économique mondiale, ni de l'attentat de Madrid de mars (et donc du nouveau Premier ministre espagnol), ni du fait que l'Union européenne compte désormais 25 pays ou encore qu'il y a eu une passation de pouvoir en Irak.
Je fais donc un rêve. Que dans les prochaines années les encyclopédies deviennent plus universelles. Qu'elles soient plus actualisées. Que lorsque je taperai « Charlotte Gainsbourg », elle ne me réponde pas « Jane Birkin ». Que si je demande « Eddy Mitchell », on ne me réponde pas par Sabine Azéma ou les origines du « Temps des cerises » et que Mickey 3D ne soit pas un personnage de dessin animé. Que Leica et Kodak ne s'arrêtent pas au début du siècle dernier. Je fais le rêve de plus d'ouvertures. Je fais le rêve d'une photographie de la société actuelle, exactement comme l'a fait l'« Encyclopédie » (ou « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ») de Diderot et d'Alembert. Ça tombe bien, les outils modernes le permettent. Allez, chiche !
Chiche...oui, chiche. John Kerry Les attentats de Madrid Mickey 3D Eddy Mitchell Charlotte Gainsbourg L'Union Européenne Votre rève existe, vous venez de le rencontrer. Il s'appelle Wikipédia.